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ÉtudeCas AZF JimmyClerc

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Travail écrit : risques, technologie et organisations
Étude de cas : explosion de l'usine AZF (2001)
– Risques, Technologies et Organisations –
Enseignante : Mathilde Bourrier
Assistant doctorant : Maxime Felder
Université de Genève – Mai 2018
JIMMY CLERC
Jimmy.Clerc@etu.unige.ch
No 15-323-140
Risques, Technologies et Organisations
8 mai 2018
Table des matières
Page de garde…………………………………………………………………………………….………………………………………………………………..1
Table des matières............................................................................................................................................... 2
L'explosion de l'usine AZF : présentation générale de l'accident ........................................................................... 3
Thèses évoquées sur l'origine de l'explosion ........................................................................................................ 4
Thèse du mélange accidentel ........................................................................................................................... 4
Thèse de l'explosion souterraine....................................................................................................................... 6
Thèse de l'arc électrique / électromagnétique .................................................................................................. 7
Thèse de l'attentat terroriste............................................................................................................................ 8
Thèse de tirs de projectiles explosifs (bombe / roquette) .................................................................................. 9
Thèse de la chute d'une météorite / pièce détachée d'un appareil volant........................................................ 10
Enquête judiciaire .............................................................................................................................................. 11
Conclusion ......................................................................................................................................................... 13
Annexe .............................................................................................................................................................. 14
Bibliographie ..................................................................................................................................................... 14
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L'explosion de l'usine AZF : présentation générale de l'accident
L'explosion qui s'est produite le 21 septembre 2001 au sein de l'usine chimique AZF1 (acronyme
pour AZote Fertilisants) est une catastrophe sans précédent en France. Le contexte dans lequel s'est
déroulé l'explosion était encore, à ce moment-là, marqué par les attentats du 11 septembre 2001 (soit
10 jours plus tôt), qui auront une influence sur les différentes thèses de l'origine de l'accident,
notamment la piste terroriste. Ce matin-là, à 10h17, ce sont entre 320 et 400 tonnes de nitrates
d'ammonium2 (76% d'ammonitrate agricole et 24% de nitrate industriel), entreposés dans le hangar 221,
qui explosèrent (De Lépinay et al. 2002). L'explosion forma un cratère de 70m de long, 40m de large et
5 à 6m de profondeur (Souléry et al. 2016) depuis lequel des parties de l'usine (charpentes métalliques,
morceaux de béton) ont été projetés jusqu'à 1km (De Lépinay et al. 2002). Par ailleurs, différentes
stations ont enregistré un séisme de magnitude variant de 2.8 à 4.1 sur l'échelle de Richter, dont les
perturbations ont été ressenties jusqu'à une distance de 650km 3. L'explosion de l'usine a eu de
nombreuses conséquences : le bilan humain s'élève à 31 morts,  4500 blessés et 10'000 victimes 4. Au
niveau social, l'explosion de l'usine a causé la perte de nombreux emplois et a détruit la vie de
nombreuses personnes, ce que confirme le rapport de l'institut de veille sanitaire : "l’impact sur la santé
d’une telle explosion est certes direct et immédiat, mais aussi prolongé par les perturbations sociales et
économiques profondes qu’entraîne à long terme une telle catastrophe" (Lang et Schwoebel 2004, 185).
L'accident a causés de lourds dégâts matériels avec près de 25'000 structures immobilières
endommagées, dont le coût des dégâts causés se monte entre 1,5 et 2,3 milliards d'euros (DGPR, SRT,
et BARPI 2013). Par la suite, la catastrophe AZF fut surtout reconnue comme étant un fiasco, en raison
du manque de soutien par d'autres usines du même groupe durant la crise (Barthélémy et al. 2001),
mais aussi par l'absence de communication entre les différentes encore rendant la tâche plus difficile
pour les experts. C'est ce qui a pu être souligné dans le rapport de la Commission d'enquête interne de
la société Grande Paroisse : "Il convient d'indiquer que l'enquête judiciaire en cours a imposé des
limitations importantes au travail de la Commission" (De Lépinay et al. 2002, 8). Aujourd'hui encore,
l'affaire AZF reste très controversée au vu des nombreux procès qui ont eu lieu et de l'ampleur de ceuxci : le premier procès eut lieu après 8 ans d'enquête et dura 4 mois, le second eu lieu en 2012, et le
dernier en 2017. Si les procès ont pris autant de temps pour aboutir, c'est surtout en raison de l'absence
1
L'usine AZF, située à Toulouse (sur la rive gauche de la Garonne), était une usine chimique spécialisée dans les produits
agricoles (engrais et nitrates industriels) qui employait 470 personnes.
2
La quantité de nitrate d'ammonium à l'origine de l'explosion varie de manière significative selon les sources.
3
Le rapport de la Commission d'enquête interne de la société Grande Paroisse présente plusieurs lieux où ont été enregistrés
les perturbations sismiques (voir Fig. 1 en annexe).
4
Le nombre de blessés varie de 2500 à 4500 selon les sources. Le nombre de victimes se rapporte essentiellement à des
personnes exposées à des problèmes de santé mentale et/ou auditive post-explosion.
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de conclusion définitive sur l'origine de l'explosion de l'usine. En effet, de nombreuses pistes ont été
explorées par les différentes enquêtes menées, dont la section suivante cherchera à établir une
typologie (non exhaustive) des diverses thèses évoquées par la commission d'enquête interne (de la
société Grande Paroisse), l'enquête judiciaire, les médias, ou encore par d'autres acteurs ou
commissions scientifiques qui se sont penchées sur l'accident AZF. Les principales thèses qui ont été
explorées sont : la thèse d'un mélange accidentel (de deux substances chimiques incompatibles), la
thèse de l'explosion souterraine (ayant conduit à l'explosion des substances chimiques du hangar 221),
la thèse de l'arc électrique ou électromagnétique (lié à la SNPE), l'attentat terroriste (suite aux attentats
du 11 septembre dix jours plus tôt), la thèse de tirs de projectiles explosifs, ou encore la thèse de la
chute d'une météorite ou pièce détachée d'un appareil volant. Ces thèses seront développées une à une
dans la section suivante. Finalement, la dernière section traitera de la partie judiciaire de l'affaire à
travers le déroulement des différents procès.
Thèses évoquées sur l'origine de l'explosion
Thèse du mélange accidentel
Selon le procureur Guy Bréard, la thèse la plus probable serait celle du mélange accidentel de deux
substances incompatibles. Il affirma, 3 jours après la catastrophe, qu'il y avait "99% de chances que ce
soit un accident" et ajouta que "15 tonnes de produit ayant fait l'objet d'une étude de dégradabilité
avaient été déposés dans le hangar" (Mennessier 2001). Certains médias se sont interrogés sur le fait
que le procureur se soit prononcé de manière aussi assurée et seulement 3 jours après l'accident. De
plus, selon Patrick Timbart (ex-directeur de TotalFinalElf) et les services de renseignement, rien ne lui
permettait de privilégier la piste du mélange accidentel (Motta 2001).
Selon les experts de la commission d'enquête interne (De Lépinay et al. 2002), de nombreuses
possibilités de mélange (incompatible) du nitrate d'ammonium avec d'autres substances chimiques ont
pu se produire. D'abord, des traces de soufre ont été retrouvées sur certains murs, ainsi qu'à l'intérieur,
voire sous le sol (dalle en béton) du hangar 221. Le soufre étant un produit "sensibilisant" n'aurait donc
pu à lui seul causer la détonation du nitrate. La présence de traces de soufre s'expliquerait par le passé
de l'usine qui produisait de l'acide sulfurique jusqu'au début des années 1970. Ensuite, l'hypothèse d'un
mélange avec du sulfate de calcium pouvant contenir des traces d'acidité (qui conduirait à l'explosion) a
été infirmée sur la base de témoignages et de bons d'expédition – réception confirmant que ce produit
n'aurait jamais transité par le hangar 221. Par ailleurs, la possibilité d'une souillure provenant de pertes
d'huiles d'engins mécaniques (notamment l'engin chouleur) a été envisagée, mais écartée en raison de
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l'absence de traces d'huiles sur le site après l'explosion. De surcroît, l'hypothèse de la mise en contact
accidentelle – causée par une erreur humaine directe – de DCCNa (dichloroisocyanurate de sodium) a
été écartée : les tests effectués avec ce mélange ont démontré que les conditions nécessaires à
l'explosion de ce mélange n'étaient pas réunies le jour de l'explosion. La piste de la mise en détonation
du nitrate résultant d'une activité bactérienne en sous-sol a été avancée par certains experts, mais a été
jugée comme étant "très peu plausible" (De Lépinay et al. 2002, 32), voire en partie infirmée par les tests
effectués (sur l'éventuelle adsorption de méthane sur le nitrate). Enfin, l'hypothèse de l'explosion
provoquée par l'incendie d'un mélange de nitrate et d'un produit organique dans un milieu confiné a été
rejetée, car ces conditions n'étaient pas non plus réunies le jour de l'explosion (ce qui fut confirmé par
les témoignages). Finalement, le rapport d'enquête en est arrivé à la conclusion "qu’une contamination
involontaire du nitrate d’ammonium par d’autres produits chimiques fabriqués sur le site, susceptible
d’être à l’origine de la catastrophe, est infondée" (De Lépinay et al. 2002, 5). Voici le plan de la fabrication
d'éléments chimiques sur le site AZF :
L'usine AZF produisait diverses substances chimiques, comme de l'ammoniac, de l'acide nitrique, de
l'acide Cyanurique, du Dichloroisocyanurate de sodium (DCCNa), mais aussi du nitrate d'ammonium
Selon le rapport de l'inspection générale de l'environnement, l'explosion aurait pu avoir des
conséquences bien plus graves si certaines infrastructures (stockage de produits toxiques, wagon de
chlore) avaient été endommagée durant l'explosion de l'usine. Selon ce rapport, l'effet domino avec la
SNPE a été évité grâce aux précautions prises par la SNPE selon trois principes : le fractionnement, le
cloisonnement, la surabondance des sécurités. Ainsi, "le principe du confinement systématique des
produits dangereux […] a certainement été déterminant dans le bon comportement des installations 5"
(Barthélémy et al. 2001, 8). Par ailleurs, il est souligné que les mesures de précautions d'AZF avant
l'explosion ne tenaient pas compte de tous les risques potentiels :
5
Le rapport fait, ici, référence aux mesures de précaution prises par la SNPE.
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Cette comparaison montre qu'il y a une différence significative entre les seuils "bas" et "hauts" de la
quantité maximale de stockage de nitrate d'ammonium. En effet, l'usine appliqua les seuils "bas" (ce qui
était conforme à la loi), mais ce seuil estimait que le risque d'explosion du nitrate d'ammonium était
négligeable. Les premières études de danger de l'usine AZF ont porté sur le stockage d'ammoniac (jugé
très dangereux), négligeant le nitrate d'ammonium (le plan de secours ne prévoyait pas un tel scénario).
Par ailleurs, il est étonnant que le rayon de la zone de danger de l'usine d'AZF ait été estimé entre 900
et 1600m, alors qu'il se montait entre 4.5 et 7km pour d'autres usines d'engrais. Les experts proposèrent
alors d'appliquer la directive 80/876 relative aux engrais, obligeant les usines chimiques à traiter le
nitrate d'ammonium comme substance explosible et de mettre en place les seuils définis par la directive
SEVESO II, impliquant notamment la "prise en compte des aspects organisationnels de la sécurité [et]
l'amélioration du contenu du rapport de sécurité" (Actu-Environnement 2015). Selon eux, il est normal
de fixer les priorités de contrôle en fonction du niveau de risque potentiel, mais "il n’est pas admissible
de ne faire pratiquement aucune surveillance des installations classées soumises à autorisation mais non
prioritaire ni des installations soumises à déclaration" (Barthélémy et al. 2001, 21).
Thèse de l'explosion souterraine
Cette section porte sur l'hypothèse d'une explosion d'origine souterraine. Selon la commission
d'enquête interne, il existerait deux cas de figures à l'origine d'une explosion souterraine : la première
explication possible est celle d'une explosion souterraine provoquée par une bombe (datant des
bombardements de la Seconde Guerre mondiale) enfouie dans le sol. Les tests de magnétométrie n'ont
cependant par relevé la présence de pièces métalliques (résidus de la bombe) sur le site, écartant ainsi
cette piste. La seconde piste évoquée par la commission interne porte sur l'explosion de nitrocellulose
en sous-sol provenant de la zone sud de l'usine. Cette piste n'a pas été explorée par les experts, car rien
ne porterait à croire à la présence de nitrocellulose dans la zone nord de l'usine.
Le manque de témoignages et d'expertises conduit (sans certitude) à écarter cette piste des
scénarios envisageable de l'explosion de l'usine.
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Thèse de l'arc électrique / électromagnétique
Plusieurs journaux rapportent des témoignages confortant la thèse de l'arc électrique. C'est le
cas d'Émilie S. qui aurait vu "une sorte d'éclair, comme un trait de lumière" ou de Patrick L. qui aurait
aperçu "un trait de lumière de couleur bleu-blanc qui a traversé la route" (Motta 2001). Néanmoins, le
procureur Guy Bréard contesta les témoignages mettant en doute la thèse du mélange accidentel. Selon
lui, "ces doutes sont distillés par des personnes que nous avons repérées et dont nous connaissons les
intérêts qui les inspirent" (Motta 2001).
D'après les enregistrements sonores et de nombreux témoignages recueillis par la commission
d'enquête interne, une double explosion se serait produite le matin de la catastrophe. Selon les experts
de la commission d'enquête (interne), les deux ondes sonores se seraient produites à 7.5 secondes
d'intervalle6. De plus, selon leur analyse (et sous réserve de confirmation par un laboratoire spécialisé),
"il n'apparaît aucune corrélation entre le premier et le deuxième des deux bruits, excluant ainsi la
possibilité d’un écho" (De Lépinay et al. 2002, 12).
Selon les experts, la nature de la première explosion (qui aurait conduit à la seconde explosion)
serait d'ordre électrique. En effet, diverses perturbations électriques ont été constatées peu avant
l'accident : électrisation de personnes proches du lieu de l'explosion, perturbations sur le matériel
informatique, sur l'éclairage intérieur et aux alentours de l'usine. De plus, de nombreux témoignages
rapportent la formation d'un éclair horizontal peu avant l'explosion qui, selon la commission d'enquête
interne, serait expliqué selon 2 cas de figure : un phénomène de foudre aurait pu être à l'origine de
l'éclair, mais les informations fournies par les instituts Météorage et Météo France ont fait part de
l'absence d'impacts de foudre ce jour-là. L'autre hypothèse serait celle d'un effet électromagnétique qui
s'expliquerait par une "remontée accidentelle du potentiel de terre" (De Lépinay et al. 2002) et qui aurait
mis sous tension les structures métalliques alentours. Les mesures de magnétométrie ont montré des
variations importantes du champ électromagnétique (dont l'origine pourrait venir des lignes moyennes
et hautes tension proches de la zone de l'explosion) et plusieurs témoignages d'employés de l'usine font
état de "phénomènes inhabituels qui ont précédé l'explosion" (De Lépinay et al. 2002, 33), tels que
l'électrisations de certaines personnes ou de perturbations sur les écrans d'ordinateurs ou
d'imprimantes. Néanmoins, le manque d'informations réunies par la commission d'enquête n'a pas
permis aux experts d'aboutir à une conclusion définitive quant à la crédibilité de cette hypothèse.
6
L'hypothèse d'une double explosion a été confirmée par les travaux du professeur Arnaudiès (de Mathématiques) à la
retraite.
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Thèse de l'attentat terroriste
Le contexte dans lequel s'est produite l'explosion de l'usine a eu un rôle particulièrement
important dans l'investigation de la piste terroriste. En effet, les attentats du 11 septembre étaient
encore dans tous les esprits lors de l'explosion d'AZF (soit 10 jours après). La piste terroriste était alors
envisagée par de nombreux témoins. De plus, un des ouvriers intérimaires de l'usine (prénommé Hassan
Jandoubi) tué sur le coup fut retrouvé avec plusieurs couches d'habits, ce qui, selon les médias, rappelle
le rituel de certains kamikazes islamistes pour être "accueillis dans les meilleures conditions par les
vierges du paradis" (Souléry et al. 2016). Néanmoins, cette hypothèse resta très controversée, car de
nombreux témoins décrivaient cet employé intérimaire comme étant particulièrement maigre et
complexé, ce qui le poussait souvent à mettre plusieurs couches de vêtements.
La thèse de l'attentat terroriste n'a pas été approfondie par la commission d'enquête, mais celleci relève néanmoins plusieurs observations et témoignages. Selon les témoignages recueillis, une
altercation très forte se serait "survenue la veille et poursuivie le matin même à proximité du bâtiment
221" (De Lépinay et al. 2002, 18) entre le personnel de l'entreprise de sous-traitance TMG et les
chauffeurs de camions. Ces incidents ont conduit la direction de l'entreprise AZF à mettre un terme au
contrat avec la présence du personnel intérimaire de TMG dès le 21 septembre à 13h. Par ailleurs, le
rapport d'enquête interne souligne que la mise en place d'une charge explosive aurait été relativement
aisée (en raison de la faible présence humaine) et que les individus auraient pu disposer de tout le temps
nécessaire à l'installation d'un tel dispositif. De plus, la proximité avec la SNPE (= société nationale des
poudres et explosifs) n'exclut pas le fait que l'usine AZF ait pu constituer une cible stratégique. La
commission d'enquête ne dispose cependant pas des moyens nécessaires à l'approfondissement de
cette piste et ne peut donc aboutir à une conclusion définitive.
L'article de La Dépêche du Midi précise que la SNPE fabriquait alors du phosgène qui est un gaz
mortel, qui était utilisé autrefois comme un gaz de combat (Souléry et al. 2016). Ce jour-là, la ville entière
fut paralysée par l'explosion d'AZF (comparable aux attentats du 11 septembre), dont de nombreux
témoins n'hésiteront pas à comparer la situation à un état de guerre. Ainsi, on signale "une bombe à
Esquirol, une autre à Saint-Michel, une au Mirail, l'autre à Rangueil" (Souléry et al. 2016) : la piste
terroriste était alors sérieusement envisagée comme étant à l'origine de l'explosion par de nombreux
témoins. Plusieurs journaux ont évoqué la présence d'un jeune intérimaire sous-traitant (employé par
TMG) prénommé Hassan Jandoubi, considéré comme principal suspect de la piste terroriste en raison
de son l'altercation avec d'autres membres de l'usine le jour de l'explosion. Selon les informations du
Figaro, cet employé français (d'origine tunisienne) âgé de 35 ans a été retrouvé mort sur les lieux de
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l'accident vêtu de plusieurs couches d'habits (2 pantalons et 4 sous-vêtements), ce qui, d'après les
propos de Jean-Louis Bruguière, rappellerait les rituels de certains kamikazes islamistes radicaux
(Lombard-Latune 2011). Cette tenue pourrait s'expliquer par le fait qu'il était complexé par son corps
particulièrement maigre (Delpiroux 2009).
En outre, le témoignage de Gérard Ratier, professeur de mécanique à la retraite, dont le fils a été
tué dans l'explosion de l'usine, est sans doute l'un des plus complet, car il est l'un des seuls à avoir lu
tous les éléments de l'enquête et à avoir contacté chaque famille endeuillée. À la suite de l'explosion, il
pencha pour la thèse terroriste, mais après s'être plongé plusieurs mois dans les dossiers des différentes
enquêtes, il envisagea une autre piste : "Cela m’a pris beaucoup de temps. Puis j’ai commencé à douter.
Aujourd’hui, ce n’est pas à la légère si je dis que l’attentat n’est pas envisageable" (Souléry et al. 2016).
Thèse de tirs de projectiles explosifs (bombe / roquette)
Une des possibilités envisagées sur l'origine de l'explosion d'AZF aurait été un tir de projectile explosif
tels qu'une bombe ou une roquette. Cependant, à la connaissance des experts de la commission
d'enquête interne, il n'y aurait jamais eu (auparavant) de cas d'explosion de nitrate d'ammonium suite
à un choc mécanique (tous les cas connus d'explosion de nitrate relèvent d'un dynamitage). Les tests
effectués ont montré que même avec un choc de balle de fusil à 1200 m/s, il n'a pas été possible de faire
exploser le nitrate. Les experts de la commission envisagèrent alors la possibilité d'un tir de missile sur
la base de plusieurs témoignages rapportant la présence de faisceaux lasers comparable à ceux utilisés
pour éclairer une cible. Cette piste n'a cependant pas été approfondie par la commission, car celle-ci
n'avait pas les moyens suffisants pour lancer des investigations dans cette direction et n'a donc pas pu
émettre de conclusion définitive concernant cette hypothèse.
Selon La Dépêche du Midi, 2 scénarios ont pu être envisagés. Selon certains témoignages, le premier
scénario envisagerait le largage d'une bombe par deux hélicoptères ayant survolé la zone peu avant
l'explosion. Il a, en fait, été confirmé par la suite que ces hélicoptères n'avaient survolé la zone qu'après
l'explosion. Le second scénario, également envisagé par la commission d'enquête, relèverait de tirs de
roquettes provenant de Pech David (à une distance ≈ 2km). Aucun témoignage n'a évoqué de tir de
roquette selon La Dépêche du Midi, ce qui écarterait la possibilité de tirs de roquettes (Souléry et al.
2016).
Le manque de témoignages confortant cette piste remet donc en doute sa validité. De plus, si une
bombe ou des tirs de roquette avaient été lancés contre l'usine, de nombreux témoins auraient aperçu
les projectiles (ce qui n'a pas été le cas).
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Thèse de la chute d'une météorite / pièce détachée d'un appareil volant
La piste d'objets non explosifs (météorite, pièce métallique) ayant percuté le stockage de nitrate
d'ammonium a été évoquée par de nombreux médias, ainsi que certains témoignages. En effet, plusieurs
témoignages ont fait état de l'apparition d'un éclair, qui pourrait être interprété comme étant la chute
d'une météorite ou d'une pièce métallique tombée d'un engin spatial (De Lépinay et al. 2002). Cette
thèse reste toutefois la plus invraisemblable, à ce jour, concernant l'origine de l'explosion.
D'après la commission interne, la probabilité qu'un impact d'une météorite se soit produit ce jour-là
était trop faible pour envisager cette hypothèse. De plus, la grande majorité des météorites atteignant
le sol français est de l'ordre du micro ou millimètre et ne constitue donc pas une piste viable concernant
l'origine de l'explosion d'AZF. La commission interne souligne qu'il "a été recherché (de manière rapide
et sans résultat positif), des informations concernant une éventuelle détection par les organismes
chargés de la surveillance de l'espace aérien" (De Lépinay et al. 2002). La seconde piste serait celle de la
projection d'une pièce de la partie supérieure de la tour N1C (tour de Prilling) sur le stock de nitrate
d'ammonium entraînant sa détonation, qui a été observée par quelques témoins. Cette unique pièce
suspecte – un filtre de petite dimension – a été saisie par la police judiciaire et n'a donc pas permis à la
commission interne d'expertiser la pièce. Voici deux plans illustrant cette hypothèse7 :
La pièce se serait détachée de la tour N1C (carré vert sur le schéma), et
aurait directement impacté le stock de nitrate d'ammonium (hangar 221)
Coupe Nord-Sud montrant la trajectoire qu'aurait suivi le filtre
métallique de la tour N1C
Selon le rapport de l'inspection générale de l'environnement, si cette thèse était avérée, elle aurait
pu aboutir à un "effet domino" : l'explosion d'AZF aurait pu provoquer un second accident sur des
installations adjacentes. L'effet domino a été évité de justesse le jour de l'explosion : le stockage
d'ammoniac sous pression se trouvant à 300m a été protégé par un bâtiment situé entre l'épicentre de
7
Ces deux images sont tirées de l'article de Claude Navallon (2008).
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l'explosion et le stockage d'ammoniac. Il en va de même pour des wagons (contenant du chlore et de
l'ammoniac) situés à plus de 400m de l'explosion, qui ont été protégés par des bâtiments ayant fait écran
(Barthélémy et al. 2001).
Enquête judiciaire
L'enquête judiciaire fut la partie la plus controversée dans l'affaire de l'explosion d'AZF. En effet,
plusieurs éléments d'enquête soulevèrent des questions qui, pour la plupart, n'ont jamais eu de réponse.
D'abord, il a été constaté par la Commission d'enquête interne (de Grande Paroisse), les médias et des
proches de victimes que l'enquête judiciaire a entravé l'investigation d'experts sur de nombreuses pistes
(par la saisie de certaines pièces de l'explosion avant leur expertise, ou en restreignant l'accès à certains
lieux de l'accident par exemple).
Par ailleurs, l'enquête judiciaire a surtout fait polémique pour son déroulement long et complexe.
En effet, l'affaire compte au total 3 procès, qui s'étendent jusqu'à 16 ans après l'explosion d'AZF. Pour
mieux comprendre le déroulement de l'enquête, voici une chronologie des événements les plus
marquants de l'enquête judiciaire :
le 24 septembre 2001 (3 jours après l'explosion), le procureur Guy Bréard déclara qu'il y avait
"99% de chances que ce soit un accident" (Mennessier 2001), puis exclua formellement la piste terroriste
le lendemain. Cependant, il faut rappeler que rien ne permettait à ce moment-là au procureur d'exclure
cette piste avec "99% de chances" (aucune investigation n'avait débuté), ce qui "reste un sujet de
perplexité pour les membres de la Commission" (De Lépinay et al. 2002). De plus, il contesta les propos
de nombreux témoins rapportés par la presse, estimant que ceux qui se sont exprimés dans la presse
"ignorent les circonstances de l'affaire" (Mennessier 2001). Le 28 septembre 2001, une information
judiciaire est ouverte par le procureur Bréard "contre X pour homicides, blessures et destruction de bien
involontaires" (Souléry et al. 2016). En novembre 2003, le juge d'instruction Thierry Perriquet reprend
l'instruction en charge, puis donne un non-lieu aux poursuites lancées contre les hauts cadres de l'usine
AZF. Le 11 mai 2006, les experts judiciaires donnent leur verdict final : l'explosion découlerait d'une
erreur humaine (mélange accidentel de chlore avec le nitrate d'ammonium). Le 20 septembre 2006, le
juge Perriquet clôt l'enquête, suite au rapport final remis par les experts. Cependant, en juillet 2007, la
société Grande Paroisse et son directeur – Serge Biechelin – ont été renvoyé devant le tribunal
correctionnel par le juge Perriquet, à nouveau pour "homicide et blessures involontaires et destruction
de biens" (La Tribune 2007).
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Ainsi, le 23 février 2009 (8 ans après l'explosion) se tient le premier procès. Le procès durera
quatre mois au cours desquels des moyens exceptionnels seront mis en œuvre. Le procès se déroula
dans une salle municipale pour accueillir une soixantaine d'avocats, environ 200 journalistes, ainsi que
près de 3000 parties civiles (Lafon 2017; Souléry et al. 2016) et les 400 heures d'audience ont été
intégralement filmées pour l'histoire : ce fut le plus grand procès jamais tenu en France. Le 24 juin 2009,
le parquet prononce une amende de 225'00 euros pour l'usine AZF, et une peine de 3 ans de prison avec
sursis et 45'000 euros d'amende pour son directeur, mais le tribunal correctionnel relaxe la société
Grande Paroisse et son directeur le 19 novembre 2009, faute de preuves matérielles (LaTribune 2015).
Le lendemain, le parquet fait appel à ce jugement et le second procès eu lieu le 24 septembre
2012. La société Grande Paroisse et son directeur sont à nouveau condamnés pour les mêmes peines
que prononcées précédemment. La société Grande Paroisse fait recours et l'affaire se poursuit devant
la cours de cassation. Le 13 janvier 2015, la Cour de cassation remet en cause l'impartialité d'une des
magistrates (car elle faisait partie d'associations d'aide aux victimes), et annule ainsi l'arrêt de la cour
d'appel de Toulouse.
L'affaire se poursuit à la cour d'appel de Paris, où s'est tenu le troisième et dernier procès en
date. Le 24 janvier se tient le troisième procès durant lequel aucun nouvel élément n'est apporté sur
l'origine de l'explosion. La sanction définitive est prononcée par le parquet le 18 mai 2017 : 45'000 euros
d'amende et 3 ans de prison avec sursis pour Serge Biechelin (ex-PDG d'AZF) et 225'000 euros d'amende
pour la société Grande Paroisse. La thèse retenue par l'instruction judiciaire sera celle du mélange
accidentel de substances incompatibles (du DCCNa avec du nitrate d'ammonium) par un membre du
personnel sous-traitant d'AZF. Les causes de l'accident seraient donc imputables à des "négligences
humaines et organisationnelles" (Les Échos 2009), dont le recours massif à la sous-traitance. Voici le
scénario (final) de l'explosion selon le rapport de l'instruction judiciaire :
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Conclusion
En conclusion, l'affaire AZF a beaucoup fait parler d'elle sans pour autant qu'une piste de l'origine de
l'accident ne soit véritablement privilégiée par rapport aux autres. De nombreux témoins se sont sentis
désinformés, comme Roland Le Goff (responsable sécurité d'AZF) : "on sait que ce n'est pas ce qui est
annoncé qui s'est passé, mais on ne sait pas non plus dire s'il s'agit d'un attentat, d'un accident
électrique" (La Dépêche du Midi vidéos 2016). Toutefois, de nombreux experts s'accordent à dire
aujourd'hui que l'explosion aurait été causée par le mélange accidentel de deux substances
incompatibles par un employé sous-traitant, sans pour autant que cette conclusion ait fait l'unanimité
au sein des différents acteurs/parties impliqués dans l'accident. À la suite de l'accident, il a été constaté
que le risque d'explosion du nitrate d'ammonium n'avait pas été pris en compte dans l'étude des risques
de l'usine. De plus, avec le temps, l'urbanisation de la ville s'est étendue au-delà du périmètre de
sécurité, montrant bien que la possibilité d'une explosion de l'usine n'était pas prise au sérieux. Plusieurs
rapports mettent en avant l'importance des retours d'expérience, mais ce fut précisément le manque
de retours d'expérience qui a conduit l'usine à considérer le risque d'explosion du nitrate comme étant
négligeable. Néanmoins, des améliorations ont été proposées pour minimiser les risques, comme la
prévention technique des risques, ou une meilleure gestion de l'urbanisme et des crises. La thèse sur
l'origine de l'accident qui sera retenue par l'enquête judiciaire sera celle du mélange accidentel de
DCCNa avec du nitrate d'ammonium, mais cette décision reste, encore aujourd'hui, largement remise
en question (notamment par la Commission d'enquête interne et certaines victimes de l'accident). Le
titre du Charlie Hebdo sorti le 20 septembre 2006 résumera finalement toute la complexité de l'affaire
AZF (Juraver 2009) : tout a explosé sauf la vérité.
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8 mai 2018
Annexe
Fig. 1 : le tableau ci-dessus est tirée de la Commission d'enquête interne (De Lépinay et al. 2002) et montrent différentes
localisations (jusqu'à 8km de l'usine) ayant enregistré un séisme allant de 2.8 à 4.1 sur l'échelle de Richter (max ≈ 10).
Bibliographie
Article de journal
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Les Échos (2009), Procès AZF : la peine maximum requise contre Grande Paroisse, Les Échos, p.3.
Mennessier Marc (2001), Le procureur maintient la thèse de l’accident, Le Figaro, 29 septembre, p.10.
Motta Philippe (2001), Les enquêteurs privilégient toujours la thèse de l’accident, Le Figaro, 2 octobre, p.10.
Rapports
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Barthélémy François, Hornus Henri, Roussot Jacques, Hufschmitt Jean-Paul et Raffoux Jean-François
(2001), Rapport de l’inspection générale de l’environnement : Usine de la société Grande Paroisse à
Toulouse - Accident du 21 septembre 2001, Paris : Ministère de l’Aménagement du Territoire et de
l’Environnement, pp. 1-53.
De Lépinay Arnaud Macé, Peudpièce Jean-Bernard, Fournet Henri, Motte Jean-Claude, Py Jean-Louis et
Domenech José (2002), Commission d’enquête interne sur l’explosion survenue le 21 septembre 2001 à
l’usine Grande Paroisse de Toulouse, Toulouse – France : Grande Paroisse, pp. 1-35.
DGPR, SRT et BARPI (2013), Explosion dans l’usine de fabrication d’engrais AZF - le 21 septembre 2001,
Ministère chargé du développement durable, pp. 1-12.
Lang Thierry et Schwoebel Valérie (2004), 21 septembre 2001 - 21 septembre 2004 : bilan de l’explosion
de l’usine « AZF » à Toulouse, Bulletin épidémiologique hebdomadaire, Toulouse : Institut de veille
sanitaire, pp. 185‑192.
Sites web
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(consulté le 6 mai 2018).
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http://geek.juraver.net/2009/06/revue-de-presse-azf-demonstration-exemplaire/, (consulté le 8 mai 2018).
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La Tribune, [en ligne],
https://www.latribune.fr/archives/2007/ID8E90D17DA7621A3BC1257316003D4050/lexplosion-delusine-azf-de-toulouse-renvoyee-devant-le-tribunal-correctionnel.html, (consulté le 7 mai 2018).
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Lombard-Latune Marie-Amélie (2011), La piste terroriste examinée au procès AZF, FIGARO, [en ligne],
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Images
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Navallon Claude (2008), AZF L’explosion du 21 Sept 2001, [en ligne],
http://www.v921.net/CONTRIBUTEURS/Claude%20Navallon/Claude%20Navallon.html,
(consulté le 6 mai 2018).
Vidéos
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La Dépêche du Midi vidéos (2016), Roland Le Goff Témoignage AZF, [en ligne],
https://www.youtube.com/watch?time_continue=14&v=bcA0PewZW1c, (consulté le 5 mai 2018).
Image de couverture
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Souléry Jean-Claude, Delpiroux Dominique, Raynaud Claire, Marti Sébastien, Gros Jean-Noël et Rey
Emmanuelle (2016), Il y a 15 ans AZF, Shorthand Social - La Dépêche du Midi, Information, [en ligne],
https://social.shorthand.com/ladepechedumidi/ugWOjxgdu6/il-y-a-15-ans-azf, (consulté le 1 mai 2018).
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