ASPECTS METHODOLOGIQUES DES MODELISATIONS ET CALCULS DE FATIGUE DES STRUCTURES (Portiques) 1 Modélisation en éléments finis surfaciques La modélisation est réalisée à partir des plans de conception de l’engin. Les règles de calcul des structures définies dans les FEM s’appuient sur la théorie classique des poutres, de telle sorte que les modélisations en éléments finis de type barres sont particulièrement adaptées mais les enseignements tirés sont très limités. Les moyens technologiques ayant grandement évolué depuis la définition des règles FEM, nous utilisons dorénavant la méthodologie en éléments finis de type surfaciques. Cette méthodologie présente un grand nombre d’avantages : - les éléments finis de type barre fournissent les contraintes nominales à la fibre neutre des éléments modélisés, la modélisation surfacique permet de mettre en lumière les concentrations de contrainte dans les zones d’assemblage - les rédacteurs des règles FEM, conscients de l’existence de concentrations de contraintes non prises en compte dans les calculs, même réalisés à partir de modélisation barres, ont défini les valeurs des contraintes maximales admissibles en divisant la valeur de la limite élastique du matériau par un coefficient compris entre 1,50 et 1,10 suivant les cas de sollicitation. La modélisation surfacique permet d’analyser les concentrations de contrainte de manière beaucoup moins arbitraire et au cas par cas et d'en comparer les valeurs maximales à celle de la limite élastique de l'acier utilisé - les résultats relatifs aux éléments à inertie variable ou les structures en caisson de manière plus générale sont beaucoup plus pertinents dans une modélisation en surfacique car les excentrements des fibres neutres des éléments modélisés ainsi que les caractéristiques des sections travaillantes sont pris en compte de manière beaucoup plus précise. Ces arguments présentés, et la conception des engins de levage ayant grandement évolué au fil des années (moins de structure en treillis et beaucoup plus de structures en caissons notamment), il n’est pas très raisonnable actuellement de se contenter d’une simple modélisation à base d’éléments barre, les enseignements tirés sont trop limités. Le logiciel utilisé est Autodesk Robot Structural Analysis Professional. L'état de conservation constaté peut mettre en lumière des pertes d'épaisseurs qui, si elles sont notables, doivent être prises en compte pour les vérifications en résistance et en fatigue, le logiciel est parfaitement adapté pour cela. 2 Le schéma de modélisation ci-après montre, à titre d'exemple les parties modélisées en éléments finis plaques et celles en éléments finis poutres (représentées en rouge) 2 Vérification des éléments de la structure vis-à-vis de la résistance Avant d’analyser la fatigue, une vérification vis-à-vis de la résistance est réalisée. Cette vérification est réalisée selon les règles FEM 87 révisées 1998. Elles consistent à appliquer les configurations et chargements qui conduisent aux sollicitations les plus pénalisantes pour lesquels l’engin est conçu, autant en ce qui concerne les charges à manutentionner, que les chargements climatiques. Les contraintes ainsi obtenues sont comparées aux valeurs limites élastiques des aciers mis en œuvre pour les éléments concernés. 3 Post-traitement des résultats obtenus en résistance Les combinaisons de chargement sont appliquées au modèle de calcul et le logiciel permet d’afficher dans les éléments modélisés, en tout point, la contrainte maximale de tous les cas sélectionnés. Cette méthode présente l’avantage de réduire la quantité de sorties graphiques, tout en conservant le même niveau de pertinence technique et en améliorant la consultation des résultats et par là même leur fiabilité, la FEM ne faisant aucune distinction selon que telle contrainte est obtenue pour une configuration ou une autre. 3 Le schéma ci-après montre, à titre d'exemple les valeurs des contraintes maximales tous cas II des FEM confondus. 4 Particularités liées à la position du chariot, sur un portique Sur un engin tel qu’un portique à conteneur, l’influence de la position du chariot doit être analysée de manière très précise, pour définir pour chaque élément structurel, quelles positions du chariot entraînent les sollicitations maximales et minimales. Pour ce faire, le terme « charge roulante » décrit une méthode de calcul qui consiste à définir les sollicitations dans l’ensemble des éléments structurels, en faisant évoluer le chariot sur l’ensemble de la voie de roulement, selon un pas précis. Un pas de 500mm est généralement adopté, car le rapport « temps passé / pertinence des résultats obtenus » s’avère optimal. Cette fonctionnalité est particulièrement utile pour faire apparaître des cycles multiples à l'intérieur d'un cycle de manutention de l'engin et pour définir le signe des contraintes dans certains cas délicats en fatigue. Les courbes de variation ci-après montrent, à titre d'exemple pour les portiques ZPMC à double manutention, les enseignements qui peuvent en être tirées. 4 5 Analyse complémentaire (analyse modale) Dans le cadre de la mission, la modélisation informatique réalisée permet également de réaliser une analyse modale. Le but de cette analyse modale est de déterminer les modes prépondérants d’oscillation de la structure. En d’autres termes, elle permet de quantifier sa souplesse, ou sa raideur. La valeur ajoutée dans la fourniture de ces données, est qu’une telle analyse permet : - - de quantifier pour comparer les oscillations ressenties sur la structure, à des valeurs couramment rencontrées et admises sur d’autres engins du même type, et donc de s’assurer que le comportement de l’engin reste dans des valeurs tolérables pour le confort et la précision de conduite de l'engin de pouvoir comparer les fréquences propres d’oscillation de l’engin, aux fréquences propres de l’ensemble des équipements mécaniques présents sur l’engin. Si les modes propres de l’engin et d’équipements mécaniques étaient proches, le risque de mise en résonance de tout ou partie de l’engin est réel et des mesures devraient être prises pour maîtriser ce risque. Les résultats obtenus au niveau des fréquences propres seront également analysés et comparés à ceux obtenus par le constructeur. Le schéma ci-après montre, à titre d'exemple les déplacements en charge correspondants à la 1ère fréquence propre en X (dans l'alignement de la direction du chariot principal). 5 6 Analyse complémentaire (déplacements) Dans le cadre de la mission, la modélisation informatique réalisée permet également de réaliser un certain nombre d'approches des déplacements sous charges d'éléments de la structure, ces déplacements d'éléments, matérialisés par des schémas de la structure modélisées mettent en évidence la plus ou moins grande souplesse de la structure. Les représentations schématiques de ces déplacements permettent là encore de définir le signe des contraintes dans certains cas délicats en fatigue. 7 Calcul des valeurs des facteurs de spectre de contraintes des assemblages Les calculs de fatigue des assemblages de l'engin de levage modélisé reposent sur la bonne connaissance de la valeur ou la définition de divers paramètres : - les nombres de cycles de fatigue de l'assemblage (définis par la reconstitution d'historique ou le classement pour un engin neuf) le cas d'entaille (qui doit tenir compte de la typologie et de la qualité de réalisation de l'assemblage) et la nuance de l'acier utilisé les contraintes extrêmes auxquelles est soumis l'assemblage concerné notées σMax et σmin (extraites du post traitement associé à la modélisation plaques de l'élément) le facteur de spectre de contraintes de l'assemblage noté ksp. L'application de ce dernier paramètre ksp matérialise le fait que la contrainte maximale σMax de l'assemblage concerné n'est pas atteinte à chaque cycle de fatigue, la pertinence de la valeur adoptée est donc de première importance puisque les valeurs des contraintes interviennent à la puissance 3 dans les formules de durée de vie. 6 La modélisation plaque adoptée et surtout le post traitement intègrent un process de calcul de la valeur du facteur de spectre de contraintes des assemblages à partir des charges et configurations découlant de la reconstitution d'historique d'exploitation ou de simulations pour un engin neuf. Ce point, bien qu'un peu théorique est d'un grand avantage pour la pertinence des résultats obtenus et la sécurité qui en découle. En effet, en l'absence d'une telle approche, le seul moyen un peu pertinent à notre disposition était de définir des "images" de ces facteurs de spectre de contraintes qui tenaient compte tant bien que mal de l'incidence des poids propres, de la configuration de l'appareil et de la charge pour chacun des assemblages à calculer, mais au risque de surestimer l'endommagement ainsi défini. Certains utilisent même la valeur du facteur de spectre de charge de l'engin de levage dans son ensemble, ce qui peut être particulièrement défavorable. On voit bien que ces approches peuvent parfois être assez loin de la réalité, souvent défavorables et toujours imprécises. 8 Vérifications à la fatigue Pour les calculs de fatigue la question de l’utilisation de modélisations aux éléments finis type surfacique est un peu plus délicate mais ne pose aucun problème insoluble et a l’énorme avantage de mettre en évidence la réalité des concentrations de contraintes qui jouent un rôle prépondérant dans les endommagements de fatigue, hors pour une étude de pérennité la fatigue est l’approche la plus porteuse de pertinence dans la démarche et celle qui permet de définir un plan des contrôles périodiques qui soit structuré et optimisé. La 1ère difficulté réside dans le mode de calcul de fatigue défini par les règles qui utilisent la notion de cas d’entaille (bien connue en mécanique de la rupture), dans ce cas cette notion regroupe 2 aspects distincts de cas d’entaille : - d’une part les concentrations de contraintes de fatigue appelées géométriques les concentrations de contraintes générées par la présence des cordons de soudure d’autre part Le choix des cas d’entaille est donc plus délicat car une partie de leur incidence est déjà incluse dans les valeurs des contraintes fournies par la modélisation (les concentrations de contraintes géométriques), mais la définition des cas d’entaille permet en général de réaliser une partition qui ne pose pas de réels problèmes. 7 La 2ème difficulté tient au fait que les logiciels de calcul aux éléments finis en éléments plaque et coque ne prennent en compte que le comportement élastique du matériau et cela quelles que soient les valeurs des contraintes associées à l’élément. Or, si des concentrations de contraintes apparaissent en divers endroits de la structure, certaines étant bien réelles et n’ont pas de raison de disparaître en cours d’utilisation, d’autres par contre mettant en jeu des niveaux de contrainte correspondant au comportement plastique du matériau ont eu tendance à s’adoucir au cours des premières sollicitations importantes. En effet, les plastifications locales qui ne manquent pas de se produire dans les zones où les valeurs des contraintes dépassent celle de la limite élastique ont pour conséquence de décharger ces zones et même, par effet d’écrouissage, d’améliorer leur résistance mais également d’augmenter plus ou moins les contraintes des zones avoisinantes. Il est clair que, sans correction des valeurs des contraintes maximales dépassant sensiblement la limite d’élasticité du matériau mises en évidence par modélisation plaque, on ne peut avec sérieux en exploiter les valeurs pour les comparer à des valeurs limites ou pour effectuer des calculs de fatigue. Diverses méthodes peuvent être mises en œuvre pour calculer avec une bonne approche la valeur de la contrainte maximale réelle à laquelle on pourrait s’attendre après plastification locale sous la même sollicitation. Dans ces cas nous appliquons systématiquement la méthode de NEUBER qui permet de calculer la contrainte réelle élastoplastique à partir de la contrainte purement élastique calculée à partir de la modélisation et de la courbe d’écrouissage connue ou prévisible du matériau. Les résultats obtenus sont ainsi exploitables pour les différentes approches de vérification. 8 Il apparaît donc clairement que l’utilisation de modélisations par éléments plaque ou coque n’est pas incompatible avec l’application des règles FEM dans le cadre des études de pérennité et d’évaluations spéciales et est même beaucoup plus pertinente et réaliste pour peu que les FEM et les sorties de la modélisation soient appliquées avec une grande prudence dans l’approche (choix du maillage, interprétation des sorties contraintes, vérification de non présence de zone à dépassement de la limite élastique, choix des cas d’entaille, etc.). La fatigue étant un phénomène probabiliste, les méthodes de calcul présentent donc cette même caractéristique (l’application des règles de calcul FEM conduit à la probabilité que 90% des assemblages calculés ne soient pas le siège de fissuration avant le terme de la durée de vie calculée). Il est donc impératif qu’au-delà des résultats des calculs eux-mêmes, les assemblages critiques soient définis et les plans des contrôles à réaliser soit établis, de façon très pragmatique, à la lumière de l’expérience de terrain des équipes d’experts. 9 Calcul de la durée de vie des assemblages La durée de vie théorique des assemblages les plus sollicités en fatigue est calculée à partir de la connaissance des valeurs des contraintes extrêmes définies par le post-traitement "contraintes" de la modélisation. Ces durées de vie sont calculées par application des principes de calcul définis dans les règles FEM 87 révisées 98. Les cas d’entaille retenus tiendront compte des éventuels défauts d’exécution. Ces défauts d’exécution seront répertoriés dans un tableau listé assemblage par assemblage pour un recalcul individuel de chacun. 9 La valeur des différents facteurs de spectre de contraintes des assemblages est calculée comme indiqué au §7 ci-avant en tenant compte des charges et des portées de travail. Cette durée de vie des assemblages sera exprimée en nombre de cycles de manutention. Le déroulement du calcul informatique proprement dit ne pose pas de question particulière, car appliquant les modalités de variation de la durée de vie en fonction des spectres de contrainte, du rapport des contraintes extrêmes, de la valeur et du type de sollicitation de la contrainte maximale, du cas d’amorce de rupture et de la nuance de l’acier conformément aux stipulation des FEM (exemple de feuille de calcul ci-après). ÉLÉMENT: TIRANT AVANT INTERIEUR Détail d'assemblage: Soudures aux extrémités Nombre de cycles de fatigue effectués (1) N0 Rapport r du nbre de cycles de calcul au nbre de cycles de levage Facteur de spectre ksp0 reconstitué (1) pour les N0 cycles passés Facteur de spectre ksp1 projeté (1) pour les N1 cycles futurs Contrainte max sM sans surcharge (traction = + compression = - ) Contrainte mini sm sans surcharge (traction = + compression = - ) Cas d'entaille W ou K de l'assemblage Résistance à la rupture de l'acier utilisé Redondance (degré d'hyperstaticité) Accessibilité à l'élément ou à ses assemblages Coefficient de correction C0 de ksp0 pour surcharge sur cycles passés Coefficient de correction C1 de ksp1 pour surcharge sur cycles futurs Rapport des contraintes extrêmes k Coefficient de correction de Cs0 pour surcharge sur cycles passés Coefficient de correction de Cs1 pour surcharge sur cycles futurs Coefficient partiel de sécurité sur la résistance gMf Contrainte maximale (2) sMax corrigée Contrainte maximale constante alternée sW Groupe d'élément défini par le produit N.ksp maximal admissible Nombre maximal de cycles de fatigue restant à effectuer N1 Facteur de vieillissement (3) FV Nombre maximal de cycles de levage restant à effectuer NL 1,12E+06 1,4 0,06 0,08 109,00 42,00 Amorce importante S355 Nulle Moyenne 1,00 1,00 0,39 1,00 1,00 1,20 130,80 71,92 4,21E+05 4,43E+06 0,20 3,16E+06 Procédé d'évaluation enregistré auprès de l'INPI le 24 février 2000 sous le numéro 66 650 - Reproduction strictement interdite 10 Détermination des assemblages et organes critiques Les éléments et assemblages de la structure considérés comme critiques sont ceux qui répondent aux critères ci-dessous : - contrainte maximale dépassant 80% de la limite élastique du matériau constitutif - durée de vie résiduelle inférieure à celle de l'engin dans son ensemble - typologie des assemblages que l'on sait par expérience être propice à conduire souvent à un manque de pérennité (par exemple assemblages à goussets pénétrants, soudures sur plat support, assemblages à risque de décollement lamellaire, etc.) - manque de pérennité constatée par les exploitants (analyse de la GMAO des engins) 10 Le schéma ci-dessous représente à titre d'exemple les assemblages critiques définis pour un portique à conteneurs.
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