PATHOLOGIE DE SURCHARGE Définition de la surcharge: accumulation ou dépôts cellulaires et tissulaires de substances endogènes ou exogènes. Conséquences: peut être toxique pour les cellules → destruction cellulaire → dysfonctionnement de l’organe. Les substances: - Atomes : Fe, Cu, Ca - Particules: carbone, silice, métaux (bérylium) - Lipides (TG, cholestérol, lipides complexes) - Glucides (glycogénoses) - Protides (amylose) - Pigments (hémochromatose, cholestase) SURCHARGE EN FER: HEMOSIDEROSE I. DEFINITION : - Hémosidérine: + Pigment endogène brun jaunâtre qui dérive de la dégradation de l’hémoglobine. + Forme de stockage du fer dans les cellules macrophagiques (hémosidérine = agrégats de molécules de ferritine). - Elle peut s’accumuler dans l’organisme: une accumulation de fer s’accompagne d’une accumulation d’hémosidérine. → hémosidérose - L’accumulation de fer est: + localisée : évolution d’une lésion hémorragique + généralisée : secondaire ou primitive II. CARACTERISTIQUES HISTOLOGIQUES : +++ - Coloration HE: granulations brun ocre (ou brun jaunâtre) légèrement brillantes. - Coloration de Perls: colore le fer ionisé en Bleu. III. ETIOLOGIES : A- Hémosidérose localisée - Liée à une hémorragie macroscopique ou de multiples hémorragies microscopiques. - Hématies lysées => macrophages => l’hémoglobine est dégradée et transformée en hémosidérine par les lysosomes du macrophage. - Exemple : + hémosidérose du « poumon cardiaque », + le « bleu » d’origine traumatique. IV. B- Hémosidérose généralisée - Augmentation des réserves de fer dans l’organisme. - Surcharge polyviscérale. - Le fer en excès s’accumule dans les macrophages et les cellules parenchymateuses. - Macroscopie: coloration brune des viscères Hémosidérose généralisée secondaire Hémosidérose généralisée primitive: HEMOCHROMATOSE Plusieurs mécanismes : - Accroissement de l’absorption - Maladie héréditaire à transmission autosomique duodénale du fer alimentaire: rare récessive. - Anomalie de l’utilisation du fer - L’accumulation du fer dans les cellules (érythropoïèse inefficace) parenchymateuses aboutit à leur destruction et à - Anémie hémolytique une fibrose. - Transfusions sanguines répétées +++++ - Foie; pancréas; cœur; les glandes endocrines. - L’accumulation est progressive et les signes → Le fer s’accumule d’abord dans les cliniques apparaissent pour un stock de fer de 30 macrophages du foie (cellules de Kupffer), à 50 g (10 fois la normale). de la rate, de la moelle osseuse, des - Symptomatique à partir de l’âge de 40 ans. ganglions lymphatiques (le système Clinique : réticulo-endothélial) Foie HMG ; cirrhose micronodulaire → Lorsque la surcharge progresse, le fer Pancréas Diabète sucré s’accumule dans les cellules Cœur Dysfonctionnement par arythmie parenchymateuses: foie, pancréas, cœur, et cardiomyopathie glandes endocrines. Glandes Insuffisance polyendocrinienne → N’aboutit pas à la sclérose endocrines (hypophyse, surrénales, thyroïde) habituellement car la surcharge n’altère Peau et Pigmentation cutanée pas les cellules parenchymateuses. muqueuses DIAGNOSTIC DE L’HEMOCHROMATOSE : - Génotypage: recherche de la mutation gene HFE C282Y sur le chromosome 6 (conseil génétique). - Evaluation biologique de la surcharge en fer: coefficient de saturation de la transferrine et ferritinémie. - Evaluation de la surcharge en fer dans le foie: IRM. - Biopsie hépatique: + Indiquée si ferritinémie > 1000 microg/l ou si ASAT élevées ou si HMG + Sert à rechercher les complications hépatiques: fibrose et cirrhose SURCHARGES LIPIDIQUES STEATOSE Définition: - Accumulation anormale des triglycérides dans les cellules parenchymateuses. - Foie +++, cœur, muscle, rein Causes: variées → Toxique: alcool, certains médicaments (toxiques pour les fonctions mitochondriales et ribosomales des hépatocytes). → Malnutrition protéique: diminue la synthèse des apoprotéines. → Diabète sucré: excès d’acétate. → Obésité: lipolyse du tissu adipeux. → Anoxie: inhibe l’oxydation des AG. → Infection (hépatite virale C). Conséquences: réversibles à l’arrêt de la cause. Stéato-hépatite → cirrhose. Macroscopie: + Surcharge sévère en TG + Foie augmenté de volume + Foie jaune brillant mou Morphologie: - Coloration standard HE: Vacuoles claires optiquement vides. → Stéatose débutante: petites vacuoles (liposomes en microscopie électronique) → Stéatose avancée: macrovacuoles qui refoulent le noyau en périphérie - Coloration spéciale: Oil Red (coupes congelées) LA SURCHARGE EN CHOLESTEROL MALADIE DE GAUCHER 1. CIRCONSTANCES PATHOLOGIQUES : - L’athérome et athérosclérose : l’accumulation de cholestérol dans les parois des vaisseaux. (cf pathologie vasculaire). - Les xanthomes: dépôts de cholestérol dans la peau + Pseudo-tumeurs jaunes ; + Accumulation de cholestérol dans les macrophages ; + Hyperlipidémies acquises et héréditaires. - Inflammations et nécroses: + Macrophages spumeux : phagocytose du cholestérol provenant des membranes cellulaires des cellules lésées. + Lorsqu’ils sont abondants, les macrophages surchargés donnent une coloration jaunâtre au foyer inflammatoire. - La cholestérolose = accumulation focale de macrophages surchargés en cholestérol dans le chorion de la vésicule biliaire (« vésicule fraise »). Le cholestérol provient de la bile. Cause: inconnue. Définition: - Maladie génétique à transmission autosomique récessive. - Due à un déficit enzymatique: la glucocérébrosidase (mutation du gène codant pour cette enzyme). 2. ASPECTS HISTOLOGIQUES DE LA SURCHARGE EN CHOLESTEROL : Dans la cellule : le cholestérol s’accumule sous forme de vacuoles intracellulaires dans les macrophages → aspect spumeux caractéristique (exemple: vésicule biliaire « fraise ») Dans les espaces extracellulaires : - Les esters de cholestérol cristallisent en spicules ou en cristaux quadrangulaires (exemple: plaque d’athérome). - Induisent une réaction inflammatoire. 3 sous types cliniques: → Type I: 99% des cas – pas d‘atteinte cérébrale – Adulte + Splénomégalie + Moelle osseuse : pancytopénie + Atteinte osseuse : distension de l‘espace médullaire => fracture → Type II: forme cérébrale de l‘enfant HSMG et atteinte du SNC : convulsions et détérioration mentale → Type III: adolescent Intermédiaire entre I et II. Diagnostic: - Microscope optique: mise en évidence de la surcharge sur prélèvement tissulaire biopsie. - Microscope électronique: aspect ultrastructural des lysosomes dilatés. - Biochimie: confirme le diagnostic. → mise en évidence du déficit enzymatique par dosage de l’activité de la glucocérébrosidase dans les leucocytes du sang. Aspect anatomopathologique: - Macroscopie: organe de volume ↗ (jusqu‘à 10kg) : Rate, foie, gg. - Microscopie: + Accumulation de glucocérébrosides dans les macrophages = cellules de Gaucher. + Cellules de grande taille (100 micron), cytoplasme abondant éosinophile d‘aspect feuilleté ou fibrillaire en « papier froissé ». + Noyau régulier excentré. Aspect ultrastructural: - Lysosomes étirés et distendus contenant les lipides accumulés (glucocérébrosides). - Donnant un aspect d’empilement de lamelles superposées. TRT: enzymatique substitutif ANTHRACOSE - LE TOPHUS GOUTTEUX - LES CALCIFICATIONS I. L’ANTHRACOSE : - C’est l’accumulation de charbon (poussière minérale) dans les poumons (pneumoconiose des mineurs de charbon) et les ganglions médiastinaux. - L’anthracose se caractérise par sa coloration noire sur les coupes colorées ou non. - Elle n’entraîne pas de lésion par elle-même mais peut être associée à des cristaux de silice responsables d’une sclérose (anthraco-silicose pulmonaire) engendrant à long terme une insuffisance respiratoire. - Circonstances d’apparition : mineurs de charbon +++, fumeurs, habitants des villes. - Le pigment de charbon inhalé s’accumule dans les macrophages alvéolaires ou interstitiels du poumon. - Ces macrophages sont retrouvés ensuite dans le tissu interstitiel le long des lymphatiques ou dans les ganglions le long des bronches et dans le hile pulmonaire. - Aspect macroscopique : petites taches ou macules de charbon (1 à 2mm) et nodules fibro-anthracosiques. II. LE TOPHUS GOUTTEUX : - Goutte = altération du métabolisme des purines aboutissant à une production excessive d’acide urique (hyperuricémie) qui a pour conséquence la précipitation d’urates au niveau du tissu conjonctif. - Le tophus goutteux est la conséquence d’une hyperuricémie prolongée et survient 10 à 20 ans après la première crise de goutte. - Les hyper-uricémies peuvent être liées : + à un trouble inné du métabolisme des purines ; + à un trouble de l’excrétion tubulaire rénale de l’acide urique (90% des gouttes primitives): anomalie génétique des transporteurs tubulaires d’acide urique ; + soit à une production excessive d’acides nucléiques (ex : traitement cytolytique des leucémies et lymphomes). - Les dépôts d’urates infiltrent le tissu conjonctif et forment un nodule appelé tophus goutteux. - Sièges électifs : + Tissu cartilagineux des articulations ; + Pavillon de l’oreille ; + Tissu sous-cutané : des doigts, des orteils ; + Tendons (régions para-articulaires). - Macroscopie : Nodule de quelques mm à quelques cm de diamètre. Nodule blanc neige, dur, crayeux. - Microscopie : + Le centre de la lésion : matériel amorphe contenant de fines aiguilles cristallines. + Entouré par une réaction cellulaire macrophagique à cellules géantes. III. CALCIFICATIONS OU DEPOTS CALCIQUES : - Lésions correspondant à la précipitation de calcium en dehors de la substance osseuse normale. - Deux types de calcifications: Calcifications dites METASTATIQUES = Dépôts calciques sur tissus sains avec élévation pathologique de la calcémie. - Les calcifications par hypercalcémie touchent surtout les vaisseaux sanguins et les reins : → Les vaisseaux : peau, cerveau, pancréas, rein, corps thyroïde, foie, myocarde et la muqueuse gastrique. → Dans les reins : les membranes basales autour de l’épithélium des tubes et le tissu interstitiel (néphrocalcinose). - Principales causes des hypercalcémies: + Tumeurs malignes ostéo-destructrices primitives ou métastatiques. + Hyperparathyroïdie primitive (adénome ou hyperplasie) ou hyperparathyroïdie secondaire à une insuffisance rénale. + Hypervitaminose D → absorption excessive de calcium. + Certaines hypercalcémies sont idiopathiques. Calcifications DYSTROPHIQUES = Dépôts calciques sur substrat anormal (tissus lésés, nécrosés) avec calcémie normale. - Surviennent lorsqu’il existe des anomalies cellulaires et tissulaires comme : 1- Nécrose tissulaire: cytostéatonécrose, nécrose caséeuse tuberculeuse, l’athérome au cours d’athérosclérose (nécrose + hémorragie) 2- Lésions des substances intercellulaires: + dépôts fibrinoïdes: valves cardiaques ds le RAA. + fibrose: calcification des myomes utérins. 3- Tumeurs: méningiomes, carcinome papillaire de la thyroïde, carcinomes papillaires de l’ovaire. 4- Certains dépôts calciques sont localisés et sans cause connue : calcinose peudo-tumorale (coude, hanche, fesse). Les lithiases calciques : - Primaires: hypercalcémie - Secondaires: sur substrat anormal (Corps étranger - Fibrine plasmatique - Cellules nécrosées) - Localisations des lithiases calciques: voies urinaires, canaux pancréatiques, glandes salivaires, voies biliaires. Calcifications: Macroscopie : Se traduit par une induration pierreuse et une coloration blanc opaque. Divers aspects macroscopiques, selon l’abondance et la distribution du dépôt calcique: - « Os de sèche » dans les pachypleurites - « Coque » dans les péricardites calcifiées - « Coquille d’œuf » dans l’athérosclérose calcifiée des gros vx - « Pierres » dans les fibromes utérins - « Craie » dans les calcifications de granulome tuberculeux caséeux Microscopie : - Sur une coloration HES : les dépôts calciques paraissent denses amorphes ou finement granulaires, bleu noir ou violacés. - Extracellulaire +++ - Peuvent s’accompagner d’une réaction macrophagique type réaction à corps étranger. - Coloration spéciale : coloration de Von Kossa (noir). L'AMYLOSE I. DEFINITION : - L’amylose est une protéine anormale insoluble qui se dépose entre les cellules de divers tissus et organes dans des circonstances pathologiques variées. - Grandes variétés de manifestations cliniques. - Elle peut être localisée ou diffuse. - Le diagnostic est anatomopathologique et repose sur la mise en évidence de cette protéine anormale sur les prélèvements tissulaires par des colorations spéciales et par immunomarquage. II. LES FORMES BIOCHIMIQUES LES PLUS FREQUENTES: - Protéine AL (chaîne légère amyloïde): provient des plasmocytes; correspond à une chaîne légère d’Ig. - Protéine AA (associé à l’amylose): synthétisée par le foie, dérivée de SAA (sérum Amyloid A = protéine de la phase aiguë de l’inflammation). - Protéine beta amyloïde: maladie d'Alzheimer. - La transthyrétine : amylose sénile. - La béta 2 microglobuline: molécule de classe 1 du CMH, amylose des hémodialysés. III. MACROSCOPIE: - Les dépôts abondants entrainent une augmentation de volume de l’organe. - Les dépôts peuvent être inapparents ou donner un aspect cireux et ferme, nodulaire ou diffus. - L’aspect macroscopique dépend de la topographie des dépôts. IV. MICROSCOPIE (HISTOLOGIE): - Les dépôts sont extracellulaires : tissu conjonctif interstitiel, membranes basales, paroi des vaisseaux. - Coloration HE : les dépôts sont éosinophiles, finement craquelés, siégeant dans le tissu conjonctif, les membranes basales et la paroi des vaisseaux. - Coloration au Rouge Congo: dépôts rouges brique, en lumière polarisée donnent une biréfringence jaune vert. - L’immunomarquage identifie la fraction variable à l’aide d’AC spécifiques (typage par IF sur coupes congelées). V. LOCALISATIONS PREFERENTIELLES DES DEPOTS AMYLOÏDES : - Organes richement vascularisés : foie, rein, rate, surrénales. - Dans l’amylose généralisée, le diagnostic repose sur la mise en évidence du dépôt sur une biopsie : aspiration de graisse sous-cutanée, biopsie rectale ou biopsie des glandes salivaires accessoires. - La biopsie rectale permet un diagnostic dans 95% des cas ; elle doit être profonde comportant sous-muqueuse et vaisseaux. VI. CLASSIFICATION DES AMYLOSES: LA CHOLESTASE INTRODUCTION : - La cholestase est définie histologiquement par l’accumulation de bile visible dans le tissu hépatique. - La bile = bilirubine et acides biliaires. - L'accumulation de bilirubine dans le sang se traduit par un ictère: coloration jaune des téguments et des tissus. - Conséquence d’une cholestase prolongée =destruction hépatocytaire puis fibrose puis cirrhose. PHYSIOPATHOLOGIE : - Dysfonctionnement hépatocytaire: origine toxique, virale, génétique. - Secondaire à un obstacle sur les voies biliaires: lithiase, tumeur (voies biliaires, tête du pancréas). CAUSES DES CHOLESTASES : Atteinte des grosses voies biliaires - Obstacle endoluminal : lithiase, tumeur bénigne, cancer des voies biliaires, métastase endobiliaire - Cancer de la tête du pancréas - Sténose bénigne - Cholangite sclérosante primitive - Cholangite à IgG4/pancréatite auto-immune Atteinte des petites voies biliaires - Cirrhose biliaire primitive - Cholangite immuno allergique - Ductopénie idiopathique - Syndrome d’Alagille - Mucoviscidose Atteinte des transporteurs hépatiques - Atteintes génétiques - Atteintes acquises: inflammation/infection: hépatite aigue (virale, auto-immune) MACROSCOPIE: Couleur verte du foie MICROSCOPIE (HISTOLOGIE): - Amas de bile ou thrombi biliaires de couleur brun verdâtre sur la coloration standard HES dans les canalicules inter-hépatocytaires, dans les canaux interlobulaires des espaces portes. - L’accumulation de bile peut également siéger dans les hépatocytes et les macrophages. Bon courage, Lina Marmade
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