Enactus EMI Rapport thématique L'Hydrogène Vert Enjeux énergétiques, économie et positionnement du Maroc H2 De la problématique énergétique mondiale à la chaîne de valeur, au LCOH et à l'Ore Maroc Axes couverts : Problématique énergétique · Dénitions et types d'hydrogène · Ordres de grandeur économiques · Comparaison avec les renouvelables · Chaîne de valeur & LCOH · Procédés technologiques · Ore Maroc & MASEN · Guide d'investissement (FEED, FID) Rabat, Maroc July 2, 2026 Table des matières 1 La problématique énergétique mondiale : pourquoi chercher des alternatives ? 3 1.1 Le système énergétique hérité de l'ère industrielle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1.2 Les quatre crises qui ont poussé l'humanité à chercher des alternatives . . . . . . . 1.2.1 La crise climatique : l'accumulation de gaz à eet de serre . . . . . . . . . . 1.2.2 La crise de la nitude des ressources fossiles . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1.2.3 La crise géopolitique et la dépendance énergétique . . . . . . . . . . . . . . 1.2.4 La crise sanitaire et environnementale locale . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1.3 Pourquoi les renouvelables seules ne susent pas : le problème de l'intermittence . 2 L'hydrogène vert : dénitions, typologie et rôle dans le mix énergétique 2.1 Qu'est-ce que l'hydrogène vert ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2.2 La typologie de l'hydrogène : le code couleur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2.3 Pourquoi l'hydrogène vert est un additif stratégique au mix énergétique . . . . . . 3 3 3 4 4 4 5 6 6 6 7 3 Ordres de grandeur : ecacité, coûts de production, prix de vente et rentabilité 9 3.1 3.2 3.3 3.4 3.5 Ecacité énergétique de la chaîne hydrogène . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Coûts de production (LCOH ordres de grandeur mondiaux) . . . . . . . . . . . 9 Structure des coûts d'un projet d'électrolyse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Prix de vente et marché . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 Retour sur investissement (ROI) : ordres de grandeur . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 4 L'hydrogène vert est-il ecace ? Comparaison avec les autres renouvelables 12 5 La chaîne de valeur complète de l'hydrogène vert : Maroc et international 15 4.1 4.2 4.3 4.4 4.5 Le critère central : l'ecacité énergétique du champ à l'usage . . . . . . . . . . Hydrogène vs. batteries : le match de l'ecacité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Hydrogène vs. électrication directe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Hydrogène vs. biomasse / biocarburants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Hydrogène vs. nucléaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5.1 Cartographie de la chaîne de valeur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5.1.1 Maillon 1 : Génération d'électricité renouvelable . . . . . . . . . . . . . . . . 5.1.2 Maillon 2 : Électrolyse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5.1.3 Maillon 3 : Conditionnement et transformation en dérivés . . . . . . . . . . 5.1.4 Maillon 4 : Transport et logistique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5.1.5 Maillon 5 : Usages naux . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5.2 Le calcul précis du LCOH . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5.2.1 Formule générale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5.2.2 Méthode simpliée par annuités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5.2.3 Exemple chiré illustratif (ordre de grandeur, site du Sud marocain) . . . . 5.3 Facteurs qui inuencent le LCOH . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5.4 Comparaison internationale de la chaîne de valeur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12 12 13 13 13 15 15 15 15 16 16 16 16 16 17 17 18 6 Processus technique : de l'électricité renouvelable à l'hydrogène et à ses dérivés 20 6.1 6.2 6.3 6.4 L'électrolyse de l'eau : principe physico-chimique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Les trois technologies d'électrolyseurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le procédé industriel complet . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Transformation en électricité : les deux voies de reconversion . . . . . . . . . . . . . 6.4.1 La pile à combustible (fuel cell ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 20 21 21 21 L'Hydrogène Vert TABLE DES MATIÈRES 6.4.2 La turbine ou le moteur à combustion hydrogène . . . . . . . . . . . . . . . 6.5 Transformation en dérivés chimiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6.5.1 Ammoniac vert (NH3 ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6.5.2 Méthanol vert et e-fuels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6.5.3 Réduction directe du fer (DRI-H2) l'acier vert . . . . . . . . . . . . . . . 22 22 22 22 22 7 L'Ore Maroc pour l'hydrogène vert : positionnement de MASEN et gouvernance 24 7.1 Genèse et cadre politique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7.2 Champ d'application . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7.3 Gouvernance : deux institutions clés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7.3.1 MASEN, point focal unique des investisseurs . . . . . . . . . . . . . . . . . 7.3.2 Le Comité de pilotage et le Comité d'investissement . . . . . . . . . . . . . 7.4 Incitations oertes aux investisseurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7.4.1 Foncier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7.4.2 Incitations scales et douanières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7.5 Processus de sélection des investisseurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7.6 Infrastructures habilitantes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24 24 24 25 25 25 25 26 26 27 8 Étapes pour investir dans l'hydrogène vert au Maroc : vue entreprise 28 Conclusion 32 Principales sources 33 8.1 8.2 8.3 8.4 8.5 8.6 8.7 8.8 Vue d'ensemble du parcours investisseur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Étape 1 : Manifestation d'intérêt et pré-qualication . . . . . . . . . . . . . . . . . Étape 2 : Étude d'opportunité (screening ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Étape 3 : L'étude de faisabilité (Feasibility Study ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Étape 4 : Le FEED (Front-End Engineering Design ) . . . . . . . . . . . . . . . . . Étape 5 : Structuration nancière . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Étape 6 : La décision nale d'investissement (FID) . . . . . . . . . . . . . . . . . . Synthèse : la checklist de l'investisseur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 28 28 28 29 29 30 30 31 Enactus EMI Chapitre 1 La problématique énergétique mondiale : pourquoi chercher des alternatives ? 1.1 Le système énergétique hérité de l'ère industrielle Depuis la révolution industrielle (n du XVIIIe siècle), le développement économique mondial s'est construit sur l'exploitation massive des combustibles fossiles : charbon, pétrole, puis gaz naturel. Ce choix technologique n'était pas arbitraire : les fossiles orent une densité énergétique élevée, un stockage aisé, un transport simple et un coût d'extraction historiquement faible. La production d'électricité par combustion du charbon (centrales thermiques) est devenue, dès la n du XIXe siècle, le socle de l'électrication des sociétés industrielles. Ce modèle repose sur un principe thermodynamique simple : la combustion du carbone fossile libère de la chaleur, qui est convertie en vapeur, laquelle entraîne une turbine couplée à un alternateur. Le rendement global de cette chaîne (combustion → chaleur → vapeur → mouvement → électricité) plafonne cependant entre 33 % et 45 % pour les meilleures centrales à charbon supercritiques, le reste étant dissipé sous forme de chaleur perdue (loi de Carnot). Cette architecture a permis l'essor industriel mondial, mais elle porte en elle plusieurs défauts structurels qui sont devenus, au tournant du XXIe siècle, des problématiques existentielles. 1.2 Les quatre crises qui ont poussé l'humanité à chercher des alternatives 1.2.1 La crise climatique : l'accumulation de gaz à eet de serre La combustion du charbon, du pétrole et du gaz libère du dioxyde de carbone (CO2 ), du méthane (lors de l'extraction), des oxydes d'azote et des particules nes. Le secteur énergétique (production d'électricité et de chaleur) est la première source d'émissions de gaz à eet de serre (GES) dans le monde, représentant environ 34 à 40 % des émissions mondiales de CO2 liées à l'énergie selon les années, le charbon à lui seul représentant plus de 40 % de ces émissions bien qu'il ne fournisse qu'environ 35 % de l'électricité mondiale un déséquilibre lié à son intensité carbone particulièrement élevée (environ 820 g CO2 /kWh, contre 490 g pour le gaz naturel et moins de 50 g pour l'éolien, le solaire ou le nucléaire). Intensité carbone comparée des sources électriques (gCO2eq/kWh, cycle de vie) Charbon (centrale classique) : 820 - 1 000 Pétrole (oul lourd) : 650 - 900 Gaz naturel (cycle combiné) : 400 - 490 Solaire photovoltaïque : 20 - 50 Éolien (terrestre/oshore) : 7 - 12 3 L'Hydrogène Vert CHAPITRE 1. LA PROBLÉMATIQUE ÉNERGÉTIQUE MONDIALE : POURQUOI CHERCHER DES ALTERNATIVES ? Hydroélectricité : 4 - 24 Nucléaire : 5 - 12 Cette accumulation de GES est directement corrélée à la hausse de la température moyenne planétaire (environ +1,3 à +1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle en 2025), à l'acidication des océans, à la fonte des glaciers et calottes polaires, ainsi qu'à la multiplication des événements climatiques extrêmes (canicules, sécheresses, inondations, cyclones renforcés). Les accords internationaux Protocole de Kyoto (1997), Accord de Paris (2015), COP successives ont formalisé un objectif de neutralité carbone ( net zero ) à l'horizon 2050-2060 pour la majorité des économies développées, ce qui impose une décarbonation profonde du mix énergétique mondial, et en particulier du secteur électrique. 1.2.2 La crise de la nitude des ressources fossiles Les réserves de charbon, pétrole et gaz, bien que substantielles, sont nies et géologiquement concentrées dans un nombre limité de pays. Au rythme de consommation actuel, les réserves prouvées de pétrole représentent environ 50 ans de consommation, celles de gaz environ 50 à 55 ans, et celles de charbon environ 130 à 150 ans des chires qui reculent avec les nouvelles découvertes mais qui rappellent la nature non renouvelable de ces ressources à l'échelle des temps humains. Le concept de peak oil (pic pétrolier), théorisé dès les années 1950 par le géologue M. King Hubbert, illustre cette préoccupation structurelle : une fois le pic de production dépassé, les coûts d'extraction augmentent mécaniquement (gisements plus profonds, plus diciles d'accès, qualité décroissante), ce qui renchérit durablement l'énergie. 1.2.3 La crise géopolitique et la dépendance énergétique Les ressources fossiles sont inégalement réparties : environ 48 % des réserves prouvées de pétrole se concentrent au Moyen-Orient, la Russie et quelques pays d'Asie centrale dominent les réserves de gaz. Cette concentration a historiquement transformé l'énergie en instrument géopolitique : chocs pétroliers de 1973 et 1979, guerres du Golfe, embargos, et plus récemment la crise énergétique européenne consécutive à l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, qui a fait bondir les prix du gaz naturel européen de plus de 300 % en quelques mois. Pour les pays importateurs nets d'énergie c'est le cas du Maroc, qui importe plus de 90 % de son énergie primaire cette dépendance représente à la fois un risque de sécurité d'approvisionnement et un poste majeur de sortie de devises, pesant sur la balance commerciale et la souveraineté économique. 1.2.4 La crise sanitaire et environnementale locale Au-delà du climat global, la combustion des fossiles génère une pollution atmosphérique locale (particules nes PM2.5, dioxyde de soufre, oxydes d'azote, métaux lourds comme le mercure) responsable, selon l'Organisation Mondiale de la Santé, de plusieurs millions de décès prématurés chaque année dans le monde, principalement via les maladies cardiovasculaires, respiratoires et certains cancers. Les centrales à charbon sont également de grandes consommatrices d'eau (refroidissement) et génèrent des déchets solides (cendres volantes) posant des problèmes de gestion et de contamination des sols. À retenir La conjonction de ces quatre crises climatique, de nitude des ressources, géopolitique et sanitaire constitue la problématique fondatrice de la transition énergétique mondiale. Elle explique pourquoi, depuis les années 1990 et de manière accélérée depuis 2015, l'humanité 4 Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 1. LA PROBLÉMATIQUE ÉNERGÉTIQUE MONDIALE : POURQUOI CHERCHER DES ALTERNATIVES ? investit massivement dans des alternatives : énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique, géothermie, biomasse), ecacité énergétique, électrication des usages, et vecteurs énergétiques propres comme l'hydrogène. 1.3 Pourquoi les renouvelables seules ne susent pas : le problème de l'intermittence Les énergies renouvelables électriques (solaire photovoltaïque, éolien) résolvent le problème des émissions et de la nitude, mais introduisent une nouvelle contrainte : l'intermittence. La production solaire est nulle la nuit et variable selon la nébulosité ; la production éolienne dépend de la disponibilité du vent. Cette variabilité crée un déséquilibre structurel entre ore et demande d'électricité, qui doit être équilibré en temps réel sur le réseau. Trois grandes familles de solutions existent pour gérer cette intermittence : 1. Le stockage court terme : batteries électrochimiques (lithium-ion), stockage par pompage hydraulique (STEP) ecaces pour des cycles horaires à journaliers, mais limités en capacité et en durée. 2. Le foisonnement géographique et les interconnexions : mutualiser la production sur de vastes zones géographiques pour lisser la variabilité. 3. Le stockage et le transport chimique de l'énergie, dont l'hydrogène (et ses dérivés) est le vecteur le plus prometteur, car il permet de stocker de grandes quantités d'énergie sur de longues durées (saisonnières) et de la transporter sur de longues distances ce que les batteries ne permettent pas économiquement à cette échelle. C'est précisément dans ce contexte que l'hydrogène vert émerge comme une pièce maîtresse du puzzle énergétique mondial : non pas comme un substitut direct aux renouvelables électriques, mais comme un vecteur de stockage, de transport et de décarbonation des usages diciles à électrier (industrie lourde, transport maritime et aérien, chimie). 5 Enactus EMI Chapitre 2 L'hydrogène vert : dénitions, typologie et rôle dans le mix énergétique 2.1 Qu'est-ce que l'hydrogène vert ? Dénition L'hydrogène vert est du dihydrogène (H2 ) produit par électrolyse de l'eau en utilisant une électricité d'origine 100 % renouvelable (solaire, éolien, hydraulique, géothermie). La réaction chimique fondamentale est : électricité renouvelable 2 H2 O −−−−−−−−−−−−−−→ 2 H2 + O2 Contrairement à l'hydrogène produit à partir de gaz naturel (vaporeformage), le processus n'émet, à l'usage, ni CO2 ni polluants atmosphériques : le seul sous-produit est l'oxygène et, à l'usage nal (pile à combustible), de l'eau. L'hydrogène n'est pas une source d'énergie primaire il n'existe pas à l'état libre en quantité exploitable sur Terre mais un vecteur énergétique : il faut dépenser de l'énergie pour le produire, avant de pouvoir la restituer. L'hydrogène est la molécule la plus abondante de l'univers, mais sur Terre il est presque toujours lié chimiquement à d'autres éléments (eau, hydrocarbures). Sa production nécessite donc une source d'énergie et une matière première (eau ou hydrocarbures) pour le libérer. 2.2 La typologie de l'hydrogène : le code couleur L'industrie a développé un système de couleurs conventionnelles pour distinguer les lières de production, en fonction de la source d'énergie et de matière première utilisée, et donc de l'intensité carbone du produit nal. Couleur Procédé Source d'énergie / matière Émissions Coût actuel première (kg CO2 /kg ($/kg) H2 ) Vert Électrolyse de l'eau Jaune Électrolyse de l'eau Électricité renouvelable (solaire, 0 - 1 éolien, hydraulique) Électricité issue du réseau (mix 15 - 25 électrique national) Électricité nucléaire 0-1 3-8 3-6 Rose / vio- Électrolyse de l'eau let Turquoise Pyrolyse du Gaz naturel (carbone solide 1 - 4 2-4 Bleu 1,5 - 3 méthane Vaporeformage (SMR) + CSC capté, non émis) Gaz naturel, avec captage et 1 - 4 stockage du carbone (85-95%) 6 4-8 L'Hydrogène Vert CHAPITRE 2. L'HYDROGÈNE VERT : DÉFINITIONS, TYPOLOGIE ET RÔLE DANS LE MIX ÉNERGÉTIQUE Couleur Procédé Source d'énergie / matière Émissions Coût actuel première (kg CO2 /kg ($/kg) H2 ) Gris Vaporeformage (SMR) Gazéication Gazéication Gaz naturel, sans captage du 9 - 12 carbone Lignite (charbon brun) 15 - 20 Houille (charbon) 18 - 20 Marron Noir 1 - 2,5 1,2 - 2 1,2 - 2 Focus Maroc Précision terminologique utile pour un projet marocain : dans les textes ociels marocains (Ore Maroc, MASEN), on retrouve essentiellement trois notions : l'hydrogène vert (électrolyse + renouvelable, seule lière éligible à l'Ore Maroc), ses dérivés (ammoniac vert, méthanol vert, carburants synthétiques / e-fuels, acier vert via le DRI-H2), et la notion de projets intégrés, qui couvrent toute la chaîne depuis la production d'électricité renouvelable jusqu'à la transformation et l'exportation. 2.3 Pourquoi l'hydrogène vert est un additif stratégique au mix énergétique L'hydrogène vert n'est pas destiné à remplacer l'électricité renouvelable directe (moins ecace, comme démontré au chapitre 4), mais à combler des lacunes précises que l'électrication directe ne peut pas combler seule : 1. Décarboner les usages diciles à électrier (hard-to-abate sectors ) : sidérurgie (réduction directe du minerai de fer), production d'ammoniac pour les engrais, ranage, industrie chimique (méthanol), où l'hydrogène est utilisé aujourd'hui comme réactif chimique ( matière première ), majoritairement produit en gris sa verdisation est donc une décarbonation directe d'un usage industriel existant, indépendamment de tout usage énergétique nouveau. 2. Stocker l'énergie renouvelable sur de longues durées (stockage inter-saisonnier), pallier l'intermittence solaire/éolienne à une échelle que les batteries ne peuvent pas atteindre économiquement. 3. Décarboner les transports lourds : maritime (ammoniac vert comme carburant marin), aérien (carburants d'aviation durables de synthèse, e-kerosène), poids lourds longue distance (piles à combustible), là où la densité énergétique des batteries reste insusante. 4. Servir de vecteur d'exportation d'énergie renouvelable : les pays à fort potentiel solaire/éolien mais peu interconnectés électriquement (Maroc, Chili, Namibie, Australie) peuvent exporter leur électricité renouvelable incorporée sous forme d'hydrogène ou de dérivés (ammoniac), via des navires, alors que l'export direct d'électricité par câble sous-marin reste limité en distance et en capacité. 5. Fournir une exibilité au réseau électrique : les électrolyseurs peuvent absorber les surplus de production renouvelable (curtailment) et les valoriser plutôt que de les perdre, tandis que les piles à combustible ou turbines à hydrogène peuvent restituer de l'électricité lors des pics de demande. 7 Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 2. L'HYDROGÈNE VERT : DÉFINITIONS, TYPOLOGIE ET RÔLE DANS LE MIX ÉNERGÉTIQUE Où l'hydrogène est-il vraiment nécessaire dans la transition énergétique ? Selon les scénarios de l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE) et de l'IRENA, l'hydrogène et ses dérivés devraient couvrir, à l'horizon 2050, environ 10 à 12 % de la consommation énergétique nale mondiale principalement concentrés sur : l'industrie lourde (35-40% de la demande H2), les transports lourds maritimes/aériens (20-25%), la production d'électricité de pointe et le stockage saisonnier (15-20%), et la chimie/ranage (15-20%). L'électrication directe reste et restera la solution prioritaire partout où elle est possible (bâtiment, transport léger, la majorité de l'industrie légère), car elle est 2 à 3 fois plus ecace que la lière hydrogène (voir Chapitre 4). 8 Enactus EMI Chapitre 3 Ordres de grandeur : ecacité, coûts de production, prix de vente et rentabilité 3.1 Ecacité énergétique de la chaîne hydrogène Comprendre la rentabilité de l'hydrogène vert exige de suivre l'énergie tout au long de sa chaîne de transformation, chaque étape introduisant des pertes thermodynamiques incompressibles. Rendements typiques par étape (technologies matures, 2025-2026) Production électrique renouvelable (PV/éolien) → réseau/électrolyseur : quasiment 100 % (pas de conversion thermodynamique) Électrolyse (eau → H2 ) : 65 à 75 % (alcalin), 70 à 80 % (PEM), jusqu'à 85 % pour l'électrolyse à haute température (SOEC) Compression / liquéfaction pour stockage-transport : perte de 5 à 15 % (compression), 25 à 35 % (liquéfaction à -253°C) Transport (pipeline, navire) : pertes additionnelles de 2 à 10 % selon distance et mode Reconversion en électricité (pile à combustible) : 50 à 60 % Reconversion en électricité (turbine à gaz H2 ) : 35 à 45 % En bout de chaîne complète (électricité renouvelable → électrolyse → stockage → transport → pile à combustible → électricité), le rendement global power-to-power se situe typiquement entre 30 et 40 %, contre 85 à 95 % pour un système de batteries lithium-ion en cycle complet. C'est cette perte thermodynamique qui justie de réserver l'hydrogène aux usages où l'électrication directe est impossible ou trop coûteuse (voir Chapitre 4). 3.2 Coûts de production (LCOH ordres de grandeur mondiaux) Le LCOH (Levelized Cost of Hydrogen, coût actualisé de production de l'hydrogène) synthétise en un seul chire ($/kg H2 ) l'ensemble des coûts d'investissement (CAPEX), d'exploitation (OPEX) et de capital, ramenés à la quantité d'hydrogène produite sur la durée de vie du projet. Il est développé en détail au Chapitre 5. Filière LCOH 2025 LCOH 2035 Remarque ($/kg) (proj.) Hydrogène gris (SMR) 1,0 - 2,0 1,3 - 2,3 bleu 1,5 - 3,0 1,8 - 3,2 Hydrogène (SMR+CSC) 9 Référence historique, sensible au prix du gaz Dépend du coût du captage carbone L'Hydrogène Vert CHAPITRE 3. Filière ORDRES DE GRANDEUR : EFFICACITÉ, COÛTS DE PRODUCTION, PRIX DE VENTE ET RENTABILITÉ LCOH 2025 LCOH 2035 Remarque ($/kg) (proj.) Hydrogène vert meilleurs 1,8 - 3,0 sites mondiaux (Chili, Golfe, Maroc sud) Hydrogène vert moyenne 4,0 - 7,0 mondiale Hydrogène vert Europe / 6,0 - 10,0 Asie (LCOE élevé) 1,0 - 2,0 Sites à excellent gisement solaire/éolien 2,0 - 3,5 Selon coût de l'électricité et WACC Ressource renouvelable moins favorable 3,0 - 5,0 Cette fourchette très large illustre un point fondamental : le LCOH est déterminé à 60-70 % par le coût de l'électricité renouvelable (LCOE) utilisée pour l'électrolyse. Un pays à fort gisement solaire/éolien à très faible LCOE (comme le Maroc, le Chili ou certaines régions du Golfe) dispose d'un avantage compétitif structurel et durable. 3.3 Structure des coûts d'un projet d'électrolyse Répartition typique du LCOH pour un projet d'électrolyse alcaline à grande échelle Coût de l'électricité (LCOE) : 50 à 65 % du LCOH total CAPEX de l'électrolyseur (stack + BoP - balance of plant ) : 20 à 30 % OPEX (maintenance, remplacement de stack, eau déminéralisée) : 8 à 15 % Coût du capital (WACC, structuration nancière) : variable, peut représenter 10 à 20 % selon le risque pays et la maturité du nancement Le CAPEX des électrolyseurs a fortement baissé : d'environ 1 400 $/kW en 2015 à 400-800 $/kW en 2025 pour l'électrolyse alcaline à grande échelle (Chine notamment), avec des objectifs industriels visant 200-300 $/kW à l'horizon 2030 grâce aux eets d'échelle ( Wright's Law , courbe d'apprentissage industrielle). 3.4 Prix de vente et marché Prix de vente actuel de l'hydrogène gris (marché captif, industrie) : 1 à 2,5 $/kg c'est le prix de référence que l'hydrogène vert doit atteindre pour être compétitif sans subvention ( parité gris ). Prix contractuels de l'hydrogène vert (contrats long terme, otake) : généralement 3 à 6 $/kg selon la région et la durée du contrat, avec des mécanismes de soutien public (contrats pour diérence CfD, primes à la production comme le crédit scal américain 45V, enchères européennes de l'European Hydrogen Bank). Ammoniac vert (dérivé le plus mature pour l'export) : 600 à 900 $/tonne visé à moyen terme, contre 300-450 $/tonne pour l'ammoniac gris l'écart ( green premium ) doit être comblé par la réglementation carbone (CBAM européen), les mandats de carburants marins (OMI/IMO), ou les subventions. 10 Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 3. ORDRES DE GRANDEUR : EFFICACITÉ, COÛTS DE PRODUCTION, PRIX DE VENTE ET RENTABILITÉ 3.5 Retour sur investissement (ROI) : ordres de grandeur Le ROI d'un projet d'hydrogène vert dépend de trois variables principales : le LCOH obtenu, le prix de vente contractualisé, et le taux d'utilisation de l'électrolyseur (facteur de charge). Paramètres clés de rentabilité Facteur de charge de l'électrolyseur : plus il est élevé, plus le CAPEX est amorti rapidement mais un facteur de charge élevé impose souvent une électricité moins intermittente (donc plus chère), d'où un arbitrage LCOE/facteur de charge au c÷ur de l'optimisation technico-économique (voir Ch. 5). Durée de vie des projets : 20 à 25 ans pour les infrastructures (PV, éolien), 8 à 15 ans pour les stacks d'électrolyseurs PEM/alcalins avant remplacement partiel ( stack replacement ), un poste OPEX signicatif à anticiper dans le modèle nancier. Rendement exigé par les investisseurs (WACC) : typiquement 7 à 12 % pour des projets merchant (sans contrat long terme), pouvant descendre à 4-6 % pour des projets adossés à des garanties publiques ou des contrats d'achat long terme (otake agreements) sécurisés. Temps de retour typique : 10 à 18 ans pour les projets sans subvention dans les congurations actuelles (2025-2026) ; les subventions publiques (crédits d'impôt, primes à la production, exonérations scales comme celles de l'Ore Maroc) visent précisément à ramener ce délai à des standards acceptables pour les investisseurs privés (généralement recherché : moins de 10-12 ans). À retenir Le marché de l'hydrogène vert traverse, en 2025-2026, une phase de correction et de réalisme après le cycle d'euphorie 2020-2023 : de nombreux projets ont été annulés ou repoussés (décisions nales d'investissement FID ajournées) faute de rentabilité susante sans soutien public massif, de demande solvable ( otakers ) susamment engagée, et face à des coûts de nancement (WACC) restés élevés. Cela ne remet pas en cause le potentiel structurel de la lière, mais souligne l'importance cruciale développée aux Chapitres 7 et 8 d'un cadre incitatif public solide (type Ore Maroc) et d'une sécurisation contractuelle de la demande avant la décision d'investissement. 11 Enactus EMI Chapitre 4 L'hydrogène vert est-il ecace ? Comparaison avec les autres renouvelables 4.1 Le critère central : l'ecacité énergétique du champ à l'usage Comparer l'hydrogène vert aux autres solutions renouvelables nécessite de distinguer deux questions diérentes, souvent confondues : 1. L'hydrogène est-il un bon vecteur pour produire de l'électricité ? (comparaison avec batteries, STEP, etc.) 2. L'hydrogène est-il un bon vecteur pour décarboner des usages non-électriques (industrie, transport lourd) ? (comparaison avec électrication directe, biocarburants, etc.) 4.2 Hydrogène vs. batteries : le match de l'ecacité Critère Batteries Li-ion Rendement aller-retour 85 - 95 % (round-trip) Densité énergétique mas- 0,15 - 0,3 kWh/kg sique Hydrogène vert Avantage 30 - 40 % Batteries 33 kWh/kg (H2 seul, hors réservoir) Durée de stockage Heures à jours Jours à saisons économique (mois) Coût de stockage En baisse rapide Compétitif pour (env. 100-140 stockage longue $/kWh cellule) durée / grands volumes Facilité de transport longue Limitée (poids, Pipelines, navires distance sécurité) (dérivés) Maturité industrielle Très élevée Intermédiaire, en accélération Hydrogène Hydrogène Selon durée Hydrogène Batteries Conclusion du comparatif batteries vs. hydrogène Les batteries dominent pour le stockage court terme et petite/moyenne échelle (véhicules légers, lissage journalier du réseau) grâce à leur excellent rendement. L'hydrogène devient compétitif pour le stockage longue durée et grande échelle (stockage saisonnier, plusieurs GWh à TWh), là où la quantité de batteries nécessaire serait économiquement et 12 L'Hydrogène Vert CHAPITRE 4. L'HYDROGÈNE VERT EST-IL EFFICACE ? COMPARAISON AVEC LES AUTRES RENOUVELABLES matériellement prohibitive (consommation de lithium, cobalt, nickel). Les deux technologies sont donc complémentaires, pas substituables, dans un mix énergétique optimal. 4.3 Hydrogène vs. électrication directe Pour la grande majorité des usages naux (chauage des bâtiments, mobilité légère, la plupart des process industriels basse/moyenne température), l'électrication directe (pompes à chaleur, véhicules électriques à batterie, résistances électriques, chaudières électriques) est 2 à 5 fois plus efcace énergétiquement que la lière hydrogène, car elle évite les pertes de conversion en électrolyse et en pile à combustible. Ecacité comparée pour la mobilité (du kWh renouvelable à la roue) Véhicule électrique à batterie (BEV) : 75 à 86 % d'ecacité globale Véhicule à pile à combustible hydrogène (FCEV) : 25 à 35 % d'ecacité globale Véhicule thermique à carburant de synthèse (e-fuel) : 10 à 20 % d'ecacité globale C'est pourquoi l'hydrogène n'est pas privilégié pour les voitures particulières (où le BEV domine désormais largement le marché), mais reste pertinent pour les usages où la batterie est pénalisante en poids/autonomie (poids lourds longue distance, transport maritime, aviation) ou dans les cas où l'hydrogène est nécessaire comme réactif chimique et non comme simple vecteur énergétique (sidérurgie, ammoniac). 4.4 Hydrogène vs. biomasse / biocarburants La biomasse et les biocarburants (biodiesel, bioéthanol, biométhane) constituent une autre voie de décarbonation, en particulier pour les transports lourds et l'aviation (biocarburants durables SAF). Comparée à l'hydrogène vert : La biomasse valorise des déchets et résidus agricoles/forestiers (économie circulaire), mais est limitée par la disponibilité des terres et de la ressource, avec un risque de compétition avec les usages alimentaires (biocarburants de 1re génération) ; L'hydrogène vert n'est limité, en théorie, que par la disponibilité en eau et en surface pour les installations solaires/éoliennes une ressource beaucoup plus extensible dans les zones désertiques comme le Sud marocain ; Les deux lières se combinent d'ailleurs dans les e-fuels (carburants de synthèse), où l'hydrogène vert est combiné à du CO2 biogénique ou capté pour produire des carburants liquides compatibles avec les infrastructures existantes (aviation notamment). 4.5 Hydrogène vs. nucléaire Le nucléaire ore une électricité bas-carbone pilotable (non intermittente), avec un facteur de charge élevé (90 %+), ce qui en fait un concurrent direct de l'hydrogène pour la fourniture d'électricité de base. Cependant, le nucléaire ne résout pas le problème du stockage saisonnier ni celui de la décarbonation des usages chimiques/industriels nécessitant de l'hydrogène comme réactif. Le nucléaire peut d'ailleurs lui-même produire de l' hydrogène rose , en particulier via l'électrolyse à haute température (SOEC) couplée à la chaleur fatale des réacteurs, ce qui améliore le rendement du procédé. 13 Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 4. L'HYDROGÈNE VERT EST-IL EFFICACE ? COMPARAISON AVEC LES AUTRES RENOUVELABLES Synthèse du chapitre L'hydrogène vert n'est pas la solution la plus ecace au sens thermodynamique pur, comparé à l'électrication directe ou aux batteries. Sa valeur réside ailleurs : il est le seul vecteur capable de décarboner certains usages industriels et de transport lourd à grande échelle, et de permettre le stockage et l'export d'énergie renouvelable sur de longues distances et durées. La bonne question n'est donc pas l'hydrogène est-il ecace ? dans l'absolu, mais l'hydrogène est-il le bon outil pour cet usage précis ? . C'est le principe dit de la hiérarchie de l'hydrogène (hydrogen ladder ), popularisé par Michael Liebreich, qui classe les usages de indispensable (sidérurgie, ammoniac, transport maritime longue distance) à peu pertinent (chauage résidentiel, voitures particulières, où d'autres solutions sont supérieures). 14 Enactus EMI Chapitre 5 La chaîne de valeur complète de l'hydrogène vert : Maroc et international 5.1 Cartographie de la chaîne de valeur La chaîne de valeur de l'hydrogène vert se décompose en cinq maillons principaux, chacun mobilisant des acteurs, technologies et investissements spéciques. 1. Génération électricité renouvelable (PV, éolien) 2. Électrolyse (production H2 ) 3. Conditionnement (compression, liquéfaction, synthèse dérivés) 4. Transport & logistique (pipeline, port, navire) 5. Usage nal (industrie, mobilité, export) 5.1.1 Maillon 1 : Génération d'électricité renouvelable C'est le maillon le plus déterminant économiquement (50-65 % du LCOH nal). Il mobilise des parcs solaires photovoltaïques et/ou éoliens dimensionnés pour fournir un prol de production adapté à l'électrolyseur souvent en conguration hybride PV+éolien pour lisser la production et augmenter le facteur de charge de l'électrolyseur (le solaire produit le jour, l'éolien souvent plus la nuit et en hiver, une complémentarité particulièrement marquée dans le Sud marocain). 5.1.2 Maillon 2 : Électrolyse Le c÷ur technologique du procédé (détaillé au Chapitre 6). Inclut l'électrolyseur lui-même (stacks), les systèmes de traitement et déminéralisation de l'eau (dessalement pour les sites côtiers comme le Sud marocain), le refroidissement, et les systèmes électriques de conversion (redresseurs AC/DC). 5.1.3 Maillon 3 : Conditionnement et transformation en dérivés L'hydrogène gazeux étant peu dense et complexe à transporter tel quel sur de longues distances, il est généralement transformé : Compression (200-700 bars) pour un stockage/transport local ou régional ; Liquéfaction (-253°C) pour un transport maritime en vrac (coûteux énergétiquement) ; Synthèse d'ammoniac (NH3 , via le procédé Haber-Bosch) : c'est la voie privilégiée pour l'export international, l'ammoniac étant liquide à -33°C (donc bien moins coûteux à liquéer que l'H2 ) et disposant déjà d'infrastructures maritimes matures (marché mondial de l'ammoniac préexistant pour les engrais) ; Synthèse de méthanol ou de carburants de synthèse (e-fuels, e-kerosène) via combinaison avec du CO2 capté. 15 L'Hydrogène Vert CHAPITRE 5. LA CHAÎNE DE VALEUR COMPLÈTE DE L'HYDROGÈNE VERT : MAROC ET INTERNATIONAL 5.1.4 Maillon 4 : Transport et logistique Comprend les infrastructures portuaires (terminaux d'export dédiés), les pipelines dédiés (hydroducs) pour l'export régional (ex. projets envisagés Maroc-Espagne évoqués par certains investisseurs), et la otte de navires spécialisés pour l'export intercontinental (méthaniers adaptés à l'ammoniac, futurs navires dédiés à l'H2 liquide). 5.1.5 Maillon 5 : Usages naux Marché domestique (décarbonation de l'industrie locale, mobilité lourde) et marché d'export (Europe, Asie), avec des standards de certication internationale (garanties d'origine, certication carbone) de plus en plus structurants pour accéder aux marchés premium (CBAM européen notamment). 5.2 Le calcul précis du LCOH 5.2.1 Formule générale Le LCOH (Levelized Cost of Hydrogen ) est l'équivalent, pour l'hydrogène, du LCOE utilisé en électricité. Il représente le prix constant par kilogramme d'hydrogène qui, actualisé sur la durée de vie du projet, égalise les recettes actualisées aux coûts actualisés (CAPEX + OPEX + coût du capital), pour un taux de rendement donné. Formule du LCOH n X CAPEXt + OPEXt LCOH = (1 + r)t t=0 n X ProductionH2,t (1 + r)t t=0 où : CAPEXt = dépenses d'investissement en année t (électrolyseur, installations renouve- lables, BoP, infrastructures) OPEXt = dépenses d'exploitation en année t (maintenance, eau, remplacement de stack, personnel, assurance) r = taux d'actualisation (WACC coût moyen pondéré du capital) ProductionH2,t = quantité d'hydrogène produite (kg) en année t n = durée de vie du projet (années) 5.2.2 Méthode simpliée par annuités Une formulation opérationnelle simpliée, couramment utilisée pour un premier chirage de projet ( ordre de grandeur ), consiste à annualiser le CAPEX via un facteur de récupération de capital (CRF) : CRF = LCOH ≈ r(1 + r)n (1 + r)n − 1 CAPEX × CRF + OPEXannuel Production annuelle H2 (kg) La production annuelle d'hydrogène dépend directement du dimensionnement électrolyseur/renouvelable 16 Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 5. LA CHAÎNE DE VALEUR COMPLÈTE DE L'HYDROGÈNE VERT : MAROC ET INTERNATIONAL et du facteur de charge : Production annuelle H2 = Pélec × FC × 8760 × ηelectrolyse CSH2 où Pélec est la puissance de l'électrolyseur (kW), FC le facteur de charge annuel moyen ( 5.2.3 Exemple chiré illustratif (ordre de grandeur, site du Sud marocain) Paramètre Valeur retenue (illustratif) Puissance électrolyseur CAPEX électrolyseur (incl. BoP) CAPEX renouvelable (PV+éolien hybride, ratio 1,5x la puissance électrolyseur) LCOE (électricité PV+éolien hybride, Sud Maroc) Facteur de charge électrolyseur Rendement électrolyse Consommation spécique WACC Durée de vie projet 100 MW 600 $/kW ⇒ 60 M$ Inclus dans LCOE d'achat LCOH résultant 20 - 25 $/MWh (0,0200,025 $/kWh) 45 - 55 % 70 % (alcalin) 52 kWh/kg H2 8% 25 ans (stack remplacé tous les 10 ans) env. 2,0 - 3,0 $/kg Ce résultat est cohérent avec les études techno-économiques publiées sur des sites marocains à fort potentiel (Dakhla, Laâyoune, Guelmim-Oued Noun), qui situent le LCOH marocain optimal entre environ 2,2 et 3,9 $/kg dans les congurations les plus favorables (hybridation PV-éolien, WACC compétitif, sites côtiers sud), avec des valeurs pouvant descendre vers 2,5 $/kg dans certaines analyses optimisées, ce qui positionnerait le Maroc parmi les pays les plus compétitifs au monde pour cette lière. 5.3 Facteurs qui inuencent le LCOH Facteur Mécanisme d'inuence Sensibilité Coût de l'électricité Poste dominant (50-65% du LCOH) ; Très forte (LCOE) dépend du gisement solaire/éolien local et du coût de nancement des actifs renouvelables Facteur de charge de Un FC plus élevé amortit mieux le Forte l'électrolyseur CAPEX de l'électrolyseur, mais impose souvent une électricité moins pure/plus chère (mix ou réseau) CAPEX de En baisse continue (eet d'échelle in- Forte l'électrolyseur dustrielle, concurrence chinoise) 17 Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 5. LA CHAÎNE DE VALEUR COMPLÈTE DE L'HYDROGÈNE VERT : MAROC ET Facteur INTERNATIONAL Mécanisme d'inuence Sensibilité WACC / coût du capital Le risque pays, la maturité du cadre juridique et la structuration nancière (dette/fonds propres, garanties) inuencent directement le taux exigé Rendement de Techno PEM vs alcalin vs SOEC ; l'électrolyseur dégradation dans le temps Coût et disponibilité de Dessalement nécessaire sur sites côtiers l'eau arides (ajoute 0,05-0,3 $/kg au LCOH) Coûts de trans- Ajoute souvent 30 à 100 % au coût de port/conversion en production initial selon la distance et la dérivés forme (ammoniac, liquéfaction) Régime scal et incita- Exonérations, foncier grations tuit/concessionnel, subventions à la production réduisent le coût perçu par l'investisseur Taille et eet d'échelle Les très grands projets (GW) bénédu projet cient d'économies d'échelle sur le CAPEX et la négociation EPC Très forte Moyenne Faible moyenne Forte l'export à pour Forte Moyenne à forte 5.4 Comparaison internationale de la chaîne de valeur Pays/Région Maroc Chili Golfe (Arabie Saoudite, Oman, EAU) Namibie / Afrique australe Australie Union Européenne Atout principal LCOH indicatif Stratégie dominante Gisement solaire+éolien complémentaire, proximité Europe, foncier disponible Meilleur gisement solaire mondial (désert d'Atacama) + éolien Patagonie Capital abondant, électricité très bon marché, projets géants (NEOM) Gisement solaire exceptionnel, faible densité de population Immense potentiel solaire/éolien, capital domestique fort Marché de consommation, cadre réglementaire (RED III, CBAM) 2,2 - 4 $/kg (Sud) Export vers Europe (ammoniac, dérivés), Ore Maroc 1,5 - 3 $/kg Export Asie/Europe, hub sud-américain 1,5 - 2,5 $/kg Mégaprojets intégrés, diversication postpétrole 2 - 3,5 $/kg Projets d'ampleur (Hyphen), encore émergent 2,5 - 4,5 $/kg Export vers (Japon, Corée) 4,5 - 8 $/kg Production domestique limitée + import massif 18 Asie Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 5. Pays/Région États-Unis LA CHAÎNE DE VALEUR COMPLÈTE DE L'HYDROGÈNE VERT : MAROC ET INTERNATIONAL Atout principal LCOH indicatif Stratégie dominante Crédit d'impôt 45V, 1 - 3 $/kg (avec Mix vert/bleu, marché domestique gaz naturel bon crédit) marché (hydrogène bleu compétitif) Le positionnement compétitif du Maroc Le Maroc combine trois avantages rarement réunis simultanément : (1) un gisement renouvelable de classe mondiale avec une forte complémentarité solaire/éolien dans les régions de Dakhla-Oued Ed-Dahab, Laâyoune-Sakia El Hamra et Guelmim-Oued Noun ; (2) une proximité géographique avec le marché européen (14 km au détroit de Gibraltar), réduisant les coûts et risques logistiques par rapport aux concurrents (Chili, Australie, Golfe) ; (3) un cadre institutionnel volontariste porté au plus haut niveau de l'État (Ore Maroc, détaillée au Chapitre 7), avec un foncier public de plus d'un million d'hectares dédié à la lière. Ces facteurs expliquent pourquoi le Royaume ambitionne de capter plus de 4 % de la demande mondiale d'hydrogène vert à l'horizon 2030. 19 Enactus EMI Chapitre 6 Processus technique : de l'électricité renouvelable à l'hydrogène et à ses dérivés 6.1 L'électrolyse de l'eau : principe physico-chimique L'électrolyse consiste à décomposer l'eau en dihydrogène et dioxygène par passage d'un courant électrique continu à travers un électrolyseur, composé de deux électrodes (anode et cathode) séparées par un électrolyte ou une membrane. Réactions aux électrodes Cathode (réduction) : 4 H2 O + 4 e− → 2 H2 + 4 OH− Anode (oxydation) : 4 OH− → O2 + 2 H2 O + 4 e− Bilan global : 2 H2 O → 2 H2 + O2 La décomposition de l'eau nécessite théoriquement 39,4 kWh d'électricité par kg d'H2 produit (énergie de Gibbs, tension théorique de 1,23 V), mais les pertes irréversibles (surtensions, résistance ohmique) portent la consommation réelle industrielle à 50-55 kWh/kg (alcalin) et 48-52 kWh/kg (PEM), soit un rendement de 70 à 80 %. 6.2 Les trois technologies d'électrolyseurs Technologie Alcaline (AWE) Principe Avantages / Limites Électrolyte liquide (KOH), Technologie mature, faible électrodes en nickel coût, longue durée de vie (25-30 ans) ; réponse dynamique plus lente, moins adaptée aux variations rapides du renouvelable PEM (mem- Membrane polymère Réponse rapide (bien brane solide, électrodes pla- adaptée à l'intermittence échangeuse tine/iridium solaire/éolien), forte de protons) densité de courant, encombrement réduit ; coût plus élevé (métaux précieux), durée de vie stack plus courte (7-12 ans) 20 Maturité Très mature (>100 ans, industrialisée) Mature, en forte croissance L'Hydrogène Vert CHAPITRE 6. PROCESSUS TECHNIQUE : DE L'ÉLECTRICITÉ RENOUVELABLE À L'HYDROGÈNE ET À SES DÉRIVÉS Technologie Principe Avantages / Limites Maturité SOEC (oxyde Fonctionne à haute tem- Meilleur rendement Émergente solide) pérature (700-850°C), (jusqu'à 85%), peut val- (pré- oriser la chaleur fatale commerciale) industrielle/nucléaire ; technologie moins mature, sensible aux cycles thermiques électrolyte céramique Le goulot d'étranglement critique : l'iridium Les électrolyseurs PEM nécessitent de l'iridium comme catalyseur anodique un métal parmi les plus rares sur Terre (production mondiale annuelle d'environ 7 à 8 tonnes seulement, majoritairement issue d'Afrique du Sud comme sous-produit du platine). Ce goulot d'étranglement matière est identié par de nombreux analystes comme une contrainte structurelle majeure au déploiement massif du PEM à l'échelle nécessaire pour les objectifs climatiques mondiaux, et pousse l'industrie vers la réduction du contenu en iridium (low-loading catalysts ) ou vers l'alcalin/AEM pour les très grands projets. 6.3 Le procédé industriel complet 1. Captation et traitement de l'eau : l'électrolyse nécessite de l'eau ultra-pure (déminéralisée, résistivité > 1 MΩ·cm). Sur les sites côtiers arides (Sud marocain), l'eau de mer est d'abord dessalée par osmose inverse (consommation d'environ 9 à 12 litres d'eau brute par kg d'H2 produit après pertes, contre environ 9 litres théoriques d'eau pure par kg d'H2 ). 2. Conversion électrique : le courant alternatif (AC) produit par les éoliennes/onduleurs PV est converti en courant continu (DC) via des redresseurs, avec des pertes de conversion de 2 à 4 %. 3. Électrolyse : production d'H2 gazeux (typiquement à 1-30 bars en sortie de stack) et d'O2 (généralement évacué ou valorisé industriellement). 4. Purication : élimination des traces d'oxygène et d'eau résiduelle (déshydratation, tamis moléculaires) pour atteindre une pureté de 99,9 à 99,999 % selon l'usage visé (mobilité : 99,97% minimum selon la norme ISO 14687). 5. Compression / liquéfaction / conversion : selon la destination nale de l'hydrogène (voir section suivante). 6.4 Transformation en électricité : les deux voies de reconversion 6.4.1 La pile à combustible (fuel cell ) Fonctionnement inverse de l'électrolyse : l'hydrogène réagit avec l'oxygène de l'air pour produire de l'électricité, de la chaleur et de l'eau, sans combustion : 2 H2 + O2 → 2 H2 O + électricité + chaleur La technologie dominante est la PEMFC (Proton Exchange Membrane Fuel Cell ), utilisée dans les véhicules à hydrogène et les applications stationnaires, avec un rendement électrique de 50 à 60 %. 21 Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 6. PROCESSUS TECHNIQUE : DE L'ÉLECTRICITÉ RENOUVELABLE À L'HYDROGÈNE ET À SES DÉRIVÉS Les piles à combustible à oxyde solide (SOFC) orent un rendement supérieur (60 %+) pour les applications stationnaires de forte puissance, avec possibilité de cogénération (valorisation de la chaleur, rendement global >80%). 6.4.2 La turbine ou le moteur à combustion hydrogène L'hydrogène peut également être brûlé directement dans des turbines à gaz adaptées (mélangé au gaz naturel dans des proportions croissantes, ou en 100% H2 pour les turbines les plus récentes) ou dans des moteurs à combustion interne modiés. Le rendement est plus proche des technologies thermiques classiques (35-45%), inférieur à la pile à combustible, mais cette voie permet de valoriser de grandes puissances avec une technologie proche de l'existant (reconversion de centrales à gaz). 6.5 Transformation en dérivés chimiques 6.5.1 Ammoniac vert (NH ) 3 Voie de valorisation la plus mature pour l'export, via le procédé Haber-Bosch : combinaison de l'H2 avec de l'azote (N2 , extrait de l'air par séparation cryogénique) sous haute pression (150-300 bars) et haute température (400-500°C), en présence d'un catalyseur au fer : N2 + 3 H2 → 2 NH3 L'ammoniac est liquide à -33°C (pression atmosphérique) ou à température ambiante sous 810 bars, ce qui le rend bien plus facile et économique à stocker/transporter que l'H2 liquide (-253°C). Il sert à la fois de vecteur d'export d'hydrogène (avec un craquage ultérieur pour récupérer l'H2 à destination, moyennant un coût énergétique) et de carburant marin bascarbone direct (adopté progressivement par l'industrie du transport maritime sous l'impulsion de la réglementation de l'Organisation Maritime Internationale). 6.5.2 Méthanol vert et e-fuels Combinaison de l'H2 avec du CO2 capté (industriel, biogénique, ou direct-air-capture) : CO2 + 3 H2 → CH3 OH + H2 O Le méthanol vert est un carburant liquide à température ambiante, utilisable dans l'industrie chimique (matière première pour plastiques, solvants) et de plus en plus comme carburant maritime (moteurs bicarburants déjà commercialisés). Des voies similaires (Fischer-Tropsch) permettent de produire des e-kérosènes pour l'aviation, un segment jugé prioritaire car l'aviation ne dispose de quasiment aucune alternative de décarbonation directe (batteries trop lourdes pour le long-courrier). 6.5.3 Réduction directe du fer (DRI-H2) l'acier vert Dans la sidérurgie classique, le charbon (coke) sert à la fois de source de chaleur et d'agent réducteur pour extraire le fer de son minerai (oxyde de fer), un procédé fortement émetteur de CO2 (le secteur représente environ 7 à 9 % des émissions mondiales de CO2 ). La voie DRI-H2 (Direct Reduced Iron ) remplace le charbon par de l'hydrogène vert comme agent réducteur : Fe2 O3 + 3 H2 → 2 Fe + 3 H2 O Cette voie, en cours de déploiement industriel (notamment en Suède projet HYBRIT et en Allemagne), est un des débouchés les plus stratégiques pour l'hydrogène vert car elle décarbone un secteur massivement émetteur sans alternative technologique équivalente. 22 Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 6. PROCESSUS TECHNIQUE : DE L'ÉLECTRICITÉ RENOUVELABLE À L'HYDROGÈNE ET À SES DÉRIVÉS Synthèse des voies de valorisation H2 pur (gazeux/liquide) : mobilité lourde, injection dans réseaux gaziers (blending), usage industriel direct Ammoniac vert : export international, carburant marin, matière première engrais Méthanol vert / e-fuels : carburant maritime/aérien, industrie chimique DRI-H2 : décarbonation de la sidérurgie (acier vert) Électricité (via pile à combustible/turbine) : stockage saisonnier, pointe électrique 23 Enactus EMI Chapitre 7 L'Ore Maroc pour l'hydrogène vert : positionnement de MASEN et gouvernance 7.1 Genèse et cadre politique L'Ore Maroc pour l'hydrogène vert est une initiative directement issue des Hautes Instructions Royales. Le projet a été commandé par le Roi Mohammed VI en novembre 2022, puis validé en juillet 2023, avant d'être ociellement concrétisé par la publication, le 11 mars 2024, de la circulaire n° 03/2024 du Chef du gouvernement relative à la mise en ÷uvre de l' Ore Maroc pour le développement de la lière de l'hydrogène vert. Cette circulaire élaborée avec le concours de MASEN et de l'AMDIE (Agence marocaine de développement des investissements et des exportations) constitue une sorte de mini-charte de l'investissement sectorielle, se voulant une démarche holistique, transparente et pragmatique donnant une visibilité maximale aux investisseurs. Vision Royale Lors du discours du 24e anniversaire de l'accession au Trône (29 juillet 2023), le Roi Mohammed VI a explicitement engagé le gouvernement à mettre en ÷uvre rapidement et qualitativement l'Ore Maroc pour l'hydrogène vert, an de valoriser les atouts dont dispose Notre pays en la matière . Le Royaume ambitionne de se positionner parmi les pays à plus fort potentiel mondial pour cette lière, avec l'objectif de satisfaire plus de 4 % de la demande mondiale d'hydrogène vert à l'horizon 2030. 7.2 Champ d'application L'Ore Maroc s'adresse à tout investisseur ou consortium marocain ou international souhaitant produire, à échelle industrielle, de l'hydrogène vert et ses dérivés (ammoniac, méthanol, carburants synthétiques) sur le territoire du Royaume, que ce soit pour le marché domestique, l'export, ou les deux. Elle couvre exclusivement les projets intégrés, c'est-à-dire l'ensemble de la chaîne de valeur : de la génération d'électricité renouvelable en amont, jusqu'à la transformation de l'hydrogène en dérivés et à la logistique associée en aval. La taille minimale d'un projet est déterminée par la taille minimale des lots de foncier attribués : 10 000 hectares. 7.3 Gouvernance : deux institutions clés La circulaire organise la gouvernance de l'Ore Maroc autour de deux piliers institutionnels complémentaires : 24 L'Hydrogène Vert CHAPITRE 7. L'OFFRE MAROC POUR L'HYDROGÈNE VERT : POSITIONNEMENT DE 7.3.1 MASEN, point focal unique des investisseurs MASEN ET GOUVERNANCE MASEN (Moroccan Agency for Sustainable Energy) est désignée comme le point focal et interlocuteur privilégié des investisseurs, depuis la soumission des dossiers jusqu'à la décision nale d'investissement. Ce choix a été justié par le ministre chargé de l'Investissement, Mohcine Jazouli, par la nécessité d'une entité stable, capable de transcender les gouvernements sur une stratégie qui s'inscrit sur plusieurs décennies. MASEN a créé en son sein un pôle spécialisé, avec une équipe transverse multidisciplinaire couvrant la structuration nancière, le juridique, l'ingénierie, la construction, le développement et la coopération internationale. Les missions conées à MASEN incluent notamment : Communiquer sur l'Ore Maroc auprès des investisseurs internationaux ; Recevoir, informer et orienter les entreprises désireuses d'investir ; Mettre en relation les investisseurs avec les départements ministériels et établissements publics concernés ; Assurer la coordination avec les walis et gouverneurs pour l'attribution du foncier ; Proposer des scénarios argumentés d'attribution des parcelles au Comité d'investissement hy- drogène vert ; Assister les investisseurs dans les démarches administratives ; Accompagner, avec l'autorité gouvernementale chargée de l'Énergie et l'ONEE, la vérication de l'adéquation des projets avec les capacités du réseau électrique ; Transmettre les dossiers au Comité d'investissement hydrogène vert. 7.3.2 Le Comité de pilotage et le Comité d'investissement Le suivi de la mise en ÷uvre de l'Ore Maroc par l'État est assuré par un Comité de pilotage chargé de l'hydrogène vert, présidé par le Chef du gouvernement, et assisté d'un Comité d'investissement hydrogène vert. Ce dispositif rassemble les ministères concernés (Intérieur, Équipement et Eau, Industrie et Commerce, Investissement, Économie et Finances/Budget) ainsi que la direction de MASEN, et se réunit périodiquement pour valider les scénarios d'attribution foncière et arbitrer les grandes orientations de la lière. Des ateliers thématiques (techniques, industriels, investissement, budget) réunissent régulièrement l'ensemble des institutions concernées. 7.4 Incitations oertes aux investisseurs 7.4.1 Foncier Mise à disposition d'un foncier public de plus d'un million d'hectares, dédié, accessible et à fort potentiel, principalement dans les régions du Sud (Guelmim-Oued Noun, Laâyoune-Sakia El Hamra, Dakhla-Oued Ed-Dahab) ; Un processus en plusieurs étapes : négociations initiales → contrat préliminaire de réservation de foncier → négociations nales → convention d'études avancées → contrat dénitif, avec des délais encadrés pour éviter toute spéculation foncière. 25 Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 7. L'OFFRE MAROC POUR L'HYDROGÈNE VERT : POSITIONNEMENT DE 7.4.2 Incitations scales et douanières MASEN ET GOUVERNANCE Exonération du droit d'importation sur les biens et équipements nécessaires au projet ; Exonération de la TVA, aussi bien pour les biens acquis localement qu'à l'importation ; Éligibilité, selon les conditions en vigueur, aux avantages de la nouvelle Charte de l'investissement (primes à l'investissement, contrats de développement territorial) ; Éligibilité potentielle aux avantages des Zones d'Accélération Industrielle (ZAI) pour certains segments de la chaîne de valeur. Principe de gradation des incitations Selon les explications données par le ministre Mohcine Jazouli, la logique de l'Ore Maroc est gagnant-gagnant mais diérenciée : plus l'investisseur va loin dans l'intégration de la chaîne de valeur sur le territoire marocain (intégration industrielle horizontale équipementiers de la lière et verticale industries consommatrices d'hydrogène et de ses dérivés), meilleurs sont les avantages accordés. L'État recherche en priorité la création d'emplois, la création de valeur locale à long terme et la souveraineté énergétique des critères non négociables dans l'évaluation des projets. 7.5 Processus de sélection des investisseurs Les investisseurs ou consortiums intéressés soumettent leur dossier à MASEN, en sa qualité de point focal, incluant les données requises par les critères d'appréciation de la circulaire. Le processus se déroule en plusieurs étapes : 1. Réception et évaluation du dossier par MASEN, qui analyse l'expérience de l'investisseur sur l'ensemble de la chaîne de valeur, ainsi que les hypothèses économiques et nancières du projet. Les critères, non exhaustifs, incluent notamment : la robustesse nancière des investisseurs ; leur expérience dans les diérents segments de la chaîne de valeur de l'hydrogène vert et de l'énergie ; la vision du projet pour le Maroc et ses externalités positives (intégration industrielle horizontale et verticale) ; la pertinence stratégique et les retombées économiques attendues (emploi, transfert de compétences). 2. Négociations initiales entre MASEN et l'investisseur, portant sur l'allocation du foncier nécessaire, les externalités attendues et les attentes réciproques. En cas d'accord sur l'ensemble des termes, ces négociations aboutissent à un contrat préliminaire de réservation de foncier. 3. Négociations nales, menées par les mêmes acteurs, débouchant sur une convention d'études avancées (permettant à l'investisseur de conduire les études techniques, environnementales et de faisabilité sur le site réservé). 4. Suivi de la réalisation, assuré conjointement par la Charte de l'investissement et par 26 Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 7. L'OFFRE MAROC POUR L'HYDROGÈNE VERT : POSITIONNEMENT DE MASEN ET GOUVERNANCE MASEN, jusqu'à la mise en production eective. Pour les investisseurs déjà engagés avec des projets préalablement soumis aux autorités (ayant parfois déjà obtenu des autorisations pour des études in situ ), MASEN les intègre directement dans ce processus en concertation avec l'autorité gouvernementale chargée de l'investissement. Premières sélections : un jalon concret Lors de la réunion du Comité de pilotage du 6-7 mars 2025, le gouvernement a dévoilé la liste des cinq premiers investisseurs sélectionnés (parmi 40 dossiers déposés) pour réaliser six projets de production d'hydrogène vert, représentant un montant d'investissement projeté de 319 milliards de dirhams, localisés dans les trois régions du Sud du Royaume. Parmi les groupes engagés gurent notamment Acwa Power (groupe saoudien, déjà opérateur des complexes solaires Noor au Maroc, avec une ambition de production d'acier vert) et Cepsa (groupe énergétique espagnol, avec un intérêt pour l'ammoniac vert et les biocarburants, et une réexion antérieure autour d'un hydroduc reliant le Maroc à la ranerie de San Roque à Cadix). Le processus de sélection reste ouvert : de nouvelles phases sont prévues. Selon Tarik Moufaddal, PDG de MASEN, le succès du dispositif repose sur un parcours simplié garantissant clarté et visibilité aux investisseurs tout au long du processus. 7.6 Infrastructures habilitantes La circulaire prévoit également le développement, en coordination avec les autorités compétentes, d'une infrastructure compétitive mutualisée, éventuellement dans le cadre de partenariats publicprivé : Études des infrastructures portuaires nécessaires (autorité chargée de l'équipement + Agence nationale des ports), avec évaluation des coûts et schémas de nancement un axe majeur pour les régions du Sud (projet de nouvelle infrastructure portuaire à Tan Tan / El Ouatia) ; Études d'un réseau national dédié (autorité chargée de l'Énergie + Oce national des hydrocarbures et des mines) pour le transport de l'hydrogène et de ses dérivés ; Adéquation avec les capacités d'accueil du réseau électrique national, en lien avec l'ONEE, incluant le développement du réseau si nécessaire pour les projets de grande taille. 27 Enactus EMI Chapitre 8 Étapes pour investir dans l'hydrogène vert au Maroc : vue entreprise 8.1 Vue d'ensemble du parcours investisseur Pour une entreprise ou un consortium envisageant un projet d'hydrogène vert au Maroc, le parcours combine les étapes réglementaires/institutionnelles imposées par l'Ore Maroc (Chapitre 7) et les étapes techniques et nancières internes classiques de tout grand projet industriel énergétique, qui déterminent en interne si l'entreprise décide d'aller ( go ) ou non ( no-go ) jusqu'à la décision nale d'investissement. 1. Manifestation d'intérêt & pré-qualication 2. Étude d'opportunité (screening ) 4. FEED (ingénierie de base) 3. Étude de faisabilité 5. Structuration nancière 6. FID (décision nale) 8.2 Étape 1 : Manifestation d'intérêt et pré-qualication L'entreprise soumet à MASEN une manifestation d'intérêt incluant sa présentation institutionnelle, ses références dans la lière énergie/hydrogène, une première esquisse du projet (localisation souhaitée, taille visée, marché cible domestique ou export) et des éléments démontrant sa robustesse nancière (états nanciers, lettres de soutien bancaire). C'est l'étape où MASEN évalue la crédibilité du porteur de projet avant d'engager le processus de négociation foncière. 8.3 Étape 2 : Étude d'opportunité (screening ) En parallèle des discussions institutionnelles, l'entreprise conduit en interne une étude d'opportunité rapide et peu coûteuse, destinée à écarter précocement les projets non viables : Analyse macro du gisement renouvelable du site envisagé (données satellitaires solaires/éoliennes bases NASA POWER, Global Wind Atlas, Global Solar Atlas) ; Estimation préliminaire du LCOH par des ratios rapides ( rule of thumb ) ; Identication des débouchés potentiels (marché domestique vs. export, clients potentiels, distance aux infrastructures portuaires) ; Premier balayage des risques pays et réglementaires. Cette étape se solde par une décision go/no-go rapide avant d'engager des dépenses signicatives. 28 L'Hydrogène Vert CHAPITRE 8. ÉTAPES POUR INVESTIR DANS L'HYDROGÈNE VERT AU MAROC : VUE ENTREPRISE 8.4 Étape 3 : L'étude de faisabilité (Feasibility Study ) C'est la première étude technique et nancière substantielle, généralement conduite avec l'appui de bureaux d'ingénierie spécialisés et de conseils nanciers. Elle vise à démontrer, avec un niveau de précision de l'ordre de ±30-40 %, que le projet est viable techniquement, économiquement et réglementairement. Contenu typique d'une étude de faisabilité hydrogène vert Étude de ressource détaillée : campagnes de mesure de vent (mâts de mesure sur site, 12 mois minimum idéalement) et modélisation solaire précise ; Dimensionnement technique préliminaire : puissance PV/éolien, capacité électrolyseur, technologie retenue (alcalin/PEM), conguration de stockage ; Étude de raccordement : accès au réseau électrique (si nécessaire), accès à l'eau (dessalement), accès portuaire/logistique ; Modèle nancier préliminaire : CAPEX/OPEX à ±30-40%, calcul du LCOH, sensibilités, structure de nancement envisagée (ratio dette/fonds propres) ; Étude de marché et de la demande : identication des acheteurs potentiels (otakers ), analyse de la volonté de payer un green premium , cadre réglementaire des marchés cibles (CBAM, mandats maritimes) ; Étude d'impact environnemental et social préliminaire (EIES) : cadrage des enjeux (biodiversité, consommation d'eau, populations locales, patrimoine) conformément à la loi marocaine 12-03/49-17 relative aux études d'impact sur l'environnement ; Analyse des risques : risques de construction, risques de prix de l'électricité, risque de contrepartie (otaker), risque réglementaire, risque de change. Le coût d'une étude de faisabilité pour un projet de grande taille se situe typiquement entre 2 et 8 millions de dollars, nancé sur fonds propres du développeur, sans garantie de succès (risque de no-go à l'issue de l'étude si les paramètres ne sont pas au rendez-vous un risque explicitement souligné par le ministre Jazouli, qui évoque des montants de l'ordre de 50 millions de dollars pour les études de projets d'hydrogène vert les plus ambitieux). 8.5 Étape 4 : Le FEED (Front-End Engineering Design ) Une fois la faisabilité conrmée, le projet entre en phase de FEED (ingénierie de base), qui ane la précision des estimations à ±10-15 % et prépare les spécications techniques nécessaires à la contractualisation EPC (Engineering, Procurement and Construction ). Contenu du FEED Ingénierie détaillée des procédés (PFD Process Flow Diagrams, P&ID Pip- ing and Instrumentation Diagrams ) pour l'ensemble des unités (production renouvelable, électrolyse, traitement d'eau, conditionnement/synthèse dérivés) ; Spécications techniques des équipements majeurs (électrolyseurs, turbines/panneaux, unités de dessalement, unité Haber-Bosch le cas échéant) et consultation préliminaire des fournisseurs (vendor list ) ; Plan d'implantation détaillé (site layout ) et études géotechniques du site ; Estimation de coûts de classe AACE 3 (précision ±10-15%), généralement la base du contrat EPC à prix forfaitaire (lump-sum turnkey ) ; 29 Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 8. ÉTAPES POUR INVESTIR DANS L'HYDROGÈNE VERT AU MAROC : VUE ENTREPRISE Planning détaillé de construction et de mise en service ; Finalisation de l'étude d'impact environnemental et social (EIES) complète et ob- tention de l'acceptabilité environnementale ; Sécurisation des contrats d'achat (otake agreements ) souvent une condition suspensive majeure avant la FID, les prêteurs exigeant généralement 60 à 100% de la production contractualisée sur le long terme. Le FEED représente généralement 1 à 3 % du CAPEX total du projet et dure de 6 à 18 mois selon la complexité et la taille. 8.6 Étape 5 : Structuration nancière En parallèle ou à l'issue du FEED, l'entreprise structure le nancement du projet, généralement en nancement de projet (project nance, avec recours limité limited recourse sur la maison-mère), impliquant : Constitution d'une société de projet dédiée (SPV Special Purpose Vehicle ) ; Levée de fonds propres (equity ) auprès des sponsors du consortium, éventuellement complétée par des fonds d'infrastructure ou de capital-investissement ; Négociation de la dette senior auprès de banques commerciales, banques de développement (BERD, BAD, BEI, Proparco, DEG) et agences de crédit-export ; Mobilisation, le cas échéant, de nancements concessionnels ou garanties (mécanismes de l'Ore Maroc, garanties multilatérales de type MIGA) pour réduire le WACC global du projet ; Structuration des contrats-clés (EPC à prix forfaitaire, contrat d'exploitation-maintenance O&M, contrats d'achat d'électricité PPA le cas échéant, contrats d'otake hydrogène/dérivés). 8.7 Étape 6 : La décision nale d'investissement (FID) La FID (Final Investment Decision ) est l'acte par lequel les organes de gouvernance de l'entreprise (conseil d'administration, comité d'investissement) engagent formellement et irrévocablement les capitaux nécessaires à la construction. Elle intervient typiquement lorsque l'ensemble des conditions suivantes sont réunies : 1. Le FEED est nalisé et le contrat EPC est négocié à un prix ferme ; 2. Les contrats d'otake couvrent une part susante de la production sur une durée susante pour rassurer les prêteurs ; 3. Le nancement (dette + fonds propres) est totalement bouclé (nancial close ) ; 4. Tous les permis et autorisations administratives, environnementales et foncières sont obtenus ; 5. Le rendement projeté (TRI projet, VAN) satisfait le seuil de rentabilité exigé par les sponsors et les prêteurs. 30 Enactus EMI L'Hydrogène Vert CHAPITRE 8. ÉTAPES POUR INVESTIR DANS L'HYDROGÈNE VERT AU MAROC : VUE ENTREPRISE Le cimetière des FID : une réalité du marché 2025-2026 Le marché mondial de l'hydrogène vert a connu, en 2025-2026, un nombre signicatif d'annulations ou de reports de FID, y compris pour des projets emblématiques, faute de contrats d'otake susamment sécurisés ou de rentabilité au rendez-vous compte tenu des coûts de nancement élevés. C'est précisément pour éviter cet écueil que l'Ore Maroc structure un accompagnement étroit des investisseurs dès l'amont (via MASEN), an de sécuriser en amont les conditions favorables à une FID positive : foncier réservé sans risque spéculatif, incitations scales claires, et accompagnement dans la recherche de débouchés. Une entreprise sérieuse doit donc, dès l'étude de faisabilité, porter une attention prioritaire à la sécurisation de la demande (otake) autant qu'à l'optimisation technique du LCOH. 8.8 Synthèse : la checklist de l'investisseur Étape Question clé à laquelle répondre avant de passer à l'étape suivante Manifestation d'intérêt Étude d'opportunité Sommes-nous crédibles aux yeux de MASEN (expérience, solidité nancière) ? Le site a-t-il un gisement renouvelable compétitif à l'échelle mondiale ? Étude de faisabilité Le LCOH projeté est-il compatible avec un marché réaliste (avec ou sans subvention) ? FEED Avons-nous un prix EPC ferme et des otakers susamment engagés ? Structuration nan- Le WACC obtenu permet-il d'atteindre le TRI minimum cière exigé par les sponsors ? FID Toutes les conditions suspensives (permis, nancement, contrats) sont-elles levées ? 31 Enactus EMI Conclusion L'hydrogène vert s'inscrit dans une réponse structurelle à la crise climatique, à la nitude des ressources fossiles et aux risques géopolitiques associés à la dépendance énergétique. Il ne constitue pas une alternative universelle à l'électrication directe moins ecace thermodynamiquement mais un vecteur complémentaire et indispensable pour décarboner les usages où l'électrication directe échoue : industrie lourde (sidérurgie, ammoniac), transport maritime et aérien, et stockage saisonnier d'énergie renouvelable. Sa compétitivité économique dépend avant tout du coût de l'électricité renouvelable mobilisée, ce qui explique pourquoi les pays à fort gisement solaire et éolien Maroc, Chili, Golfe, Namibie, Australie se positionnent comme les futurs hubs mondiaux de production et d'export. Le Maroc y ajoute deux atouts rares : une proximité géographique immédiate avec le marché européen, et un cadre institutionnel volontariste porté au plus haut niveau de l'État à travers l'Ore Maroc et le rôle de point focal coné à MASEN. Pour une entreprise, réussir un projet d'hydrogène vert suppose de conjuguer rigueur technicoéconomique (étude de faisabilité, FEED, calcul précis du LCOH) et sécurisation de la demande (contrats d'otake), dans un contexte de marché mondial qui, après une phase d'euphorie, entre dans une phase de sélectivité accrue où seuls les projets les mieux structurés, adossés aux meilleurs gisements renouvelables et aux cadres incitatifs les plus solides, atteindront la décision nale d'investissement. 32 Principales sources MASEN Ore Maroc Hydrogène Vert, https://www.masen.ma/fr/hydrogene-vert-maroc Circulaire n° 03/2024 du Chef du gouvernement relative à la mise en ÷uvre de l' Ore Maroc , 11 mars 2024 Chef du Gouvernement du Royaume du Maroc, https://www.cg.gov.ma/ fr/circulaires Médias24 dossiers de décryptage de l'Ore Maroc Hydrogène Vert (mars 2024, mars 2025) Le Desk Hydrogène vert : le balisage pour les investisseurs, Masen en point focal Agence Internationale de l'Énergie (AIE/IEA) Global Hydrogen Review, Levelised Cost of Hydrogen Data Tools IRENA Green Hydrogen Cost Reduction / Hydrogen: A Renewable Energy Perspective Lazard Levelized Cost of Hydrogen Analysis Études techno-économiques ScienceDirect sur le LCOH au Maroc (production éolienne et so- laire, régions de Dakhla, Laâyoune, Guelmim-Oued Noun) Hespress étude régionale comparative du LCOH au Maroc (2026) 33
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