ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) INCLUSION FINANCIERE : CADRE CONCEPTUEL ET FONDEMENT THEORIQUE FINANCIAL INCLUSION: CONCEPTUAL FRAMEWORK & THEORETICAL FOUNDATION Chaymae AYACHI, Doctorante Economie Appliquée, MOBAF FSJES Salé / UM5 de Rabat chaymae_ayachi@um5.ac.ma MOSSADAK Anas Enseignant Chercheur, MOBAF FSJES Salé / UM5 de Rabat anas.mossadak@gmail.com Résumé Le présent article vise à présenter le cadre conceptuel de l’inclusion financière à travers des éléments littéraires sur la sémantique et l’étymologie du terme. Dans un second temps, nous proposons d’examiner les déterminants théoriques de l’exclusion financière en se référant aux apports de littérature économique sur la question. Troisièmement, un regard analytique sera porté sur l’évolution historique d’inclusion financière. Finalement, la dernière section portera sur la Taxonomie des échelles de l’inclusion financière. Mots-clés : Inclusion financière ; Économie du bien-être ; Microfinance. Classification JEL : G20 ; D6 ; G21. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 171 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) Abstract This paper aims to present the conceptual framework of financial inclusion through literary elements on the semantics and etymology of the term. Secondly, we propose to examine the theoretical determinants of financial exclusion by referring to contributions from economic literature on the issue. Third, an analytical look will be taken at the historical evolution of financial inclusion. Finally, the last section will focus on the Taxonomy of financial inclusion scales. Keywords: Financial inclusion; Welfare Economics; Microfinance. JEL Classification : G20 ; D6 ; G21. Introduction Le financement du progrès et du développement à complexifier le système économico-financier en intégrant plusieurs acteurs, outre ceux relevant de la sphère institutionnelle traditionnelle, mais également les bailleurs de fonds et les Organisations Non Gouvernementales (ONG), donnant la place à une forme d’hybridation des sources de financement1. La naissance de ces configurations institutionnelles a métamorphosé le monde de la finance. La prise de conscience de l’ampleur des déséquilibres sociaux, qui accentuent l’enclavement et l’exclusion, a poussé les institutions de Bretton Woods à réfléchir sur la possibilité de mettre en place des dispositifs efficaces et efficients pour réduire la précarité et la vulnérabilité dans le globe. De « mont-de-piété »2 à la « finance inclusive », plusieurs idées financières ont émergé afin de soutenir les populations à faible revenu, stimuler la croissance et favoriser l’égalité sociale. En effet, les premiers projets initiés dans la cadre des programmes sociaux de la microfinance ont permis à beaucoup de personnes d’accéder aux services bancaires. Toutefois, le bilan des actions inclusives, d’un point de vue qualitatif, demeure mitigé et les écarts et les inégalités de revenu ne font que s’aggraver. 1 Gabas, J., Pesche, D., Ribier, V. & Campbell, B. (2014). Nouveaux regards sur la coopération pour le développement et ses transformations. Mondes en développement, 165, 7-22. 2 Le « monte di pietà » en italien signifie « crédit de charité » est l'une des plus anciennes formes de prêt sur gage, apparue en 1462 en Italie, pour les besogneux et les plus démunis. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 172 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) Le présent travail s’intéresse particulièrement à fournir, dans un premier temps, un cadre conceptuel de l’inclusion financière à travers des éléments littéraires sur la sémantique et l’étymologie du terme. Dans un second temps, nous proposons d’examiner les déterminants théoriques de l’exclusion financière en se référant aux apports de littérature économique sur la question. Troisièmement, un regard analytique sera porté sur l’évolution historique d’inclusion financière. Finalement, la dernière section portera sur la taxonomie des échelles de mesure de l’inclusion financière. 1. Essai de définition de l’inclusion financière et bancaire Les travaux portant sur l’inclusion financière fournissent tout un balisage informatif qui délimite les contours sémantiques du concept. Ainsi, la Banque Mondiale (BM) définit l’inclusion financière comme une dynamique économique qui offre « la possibilité pour les individus et les entreprises d’accéder à moindre coût à toute une gamme de produits et de services financiers utiles et adaptés à leurs besoins (transactions, paiements, épargne, crédit et assurance) proposés par des prestataires fiables et responsables ». Autrement dit, ce dispositif permet de saisir, via des instruments financiers, les opportunités économiques existantes et inexploitées dans les marchés et de créer des activités micro-entrepreneuriales. En complément à cette définition, P. Aguera (2015), spécialiste principal du secteur financier à la même institution, précise que l’inclusion est un processus d’universalisation et de généralisation de l’accès des ménages et des entreprises aux institutions financières formelles avec un coût abordable. Pour l'Organisation des Nations Unies (ONU), l’inclusion est déterminée en fonction des principes d’équité et d’égalité qui favorise la naissance d’un « système financier accessible à tous ». Dans une autre optique, M. D’Costa (2004) soutient que l'inclusion ne peut être observée qu'à travers trois composantes, à savoir la capabilité économique, la prise de décision financière et l'accessibilité. La définition proposée s'appuie sur l'idée que la complexité des grammes de produits offerts par les prestataires bancaires nécessite une connaissance et une sensibilisation par rapport aux services financiers. A cet effet, l'inclusion aux systèmes financiers correspond à la capacité des agents économiques à devenir « financièrement alphabétisé » pour accéder et bénéficier desdits services3. 3 D’Costa, M. (2014), L’inclusion financière, La revue du Réseau international pour une Économie humaine, Editions : Développement & Civilisations, N°419, pp. 1-4. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 173 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) L'inclusion financière peut, à notre sens, se définir comme une dynamique économique qui regroupe des pratiques financières qui visent à atteindre, sur un horizon long-termiste, un intérêt collectif. Cette interaction fournit un triptyque qui relie des aspects financiers associés à la solidarité, l'écologisation et la responsabilisation (Cf. voir figure 1.1.). S’agissant de la dimension solidaire, elle vise à lutter contre l'exclusion économique et favoriser la cohésion. Quant à la finance verte ou climat, cette conception financière cherche à limiter et réduire la pauvreté causée par le dérèglement et le réchauffement climatique4 en offrant des alternatives susceptibles de stimuler l'économie rurale. Pour la finance responsable, l'approche résulte de la conciliation des dynamiques financières qui tente d'allier la performance financière, le respect de l'environnement et la réalisation du bien-être. Figure 1. Croisement des paradigmes financiers FINANCE RESPONSABLE FINANCE SOLIDAIRE Conciliation des dynamiques financières FINANCE VERTE Bien-être collectif sur le long terme Finance Inclusive et Durable Source : Schéma élaboré par les auteurs. 4 L'irrégularité des précipitations et la sécheresse peut aggraver la situation de la pauvreté et induit à l'exode rural. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 174 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) Dans ce sillage, l’inclusion financière s’aperçoit comme une initiative qui tend à faire évoluer les pratiques vers un changement du paradigme financier traditionnel à un paradigme responsable et durable. L’objectif principal de l’inclusion financière reste la promotion de la croissance économique au moyen de l’intégration de différentes catégories de la population dans le circuit économique pour pouvoir augmenter la productivité que l’on considère comme un centre névralgique de l’économie. 2. Déterminants de l’exclusion économique Dans l'intégralité des systèmes sociaux existent et créent des barrières qui empêchent certaines souches de la société de participer pleinement dans les activités politiques, économiques ou associatives. Ce phénomène d'exclusion sociale ne permet pas une parfaite répartition équitable des richesses et réduit la possibilité de tirer profit des opportunités offertes dans la société. Par ailleurs, l'ostracisme ou le bannissement des groupes d'un écosystème socioéconomique, en raison de certains facteurs (stéréotypes, stigmates et superstitions), leurs privent des bénéfices d’une allocation égalitaire dans les domaines vitaux, notamment l'accès à l'offre de soins, l'accès à l'éducation et la formation, ainsi que l'accès aux services financiers. Pour faire face à cette forme d'injustice, l'inclusion revêt une importance cruciale dont les retombées affectent positivement le processus de développement sachant que la Banque Mondiale considère que « inclure les exclus est un défi complexe »5. Plusieurs attributs sont associés à ce fléau sociologique, tels que l’égalité du genre, la ségrégation raciale, l’appartenance ethnique, les croyances religieuses ou encore la mobilité réduite (handicap). En se limitant à la sphère financière, l'exclusion bancaire est à l’origine de plusieurs phénomènes d’ordre social, politique et économique. Ce concept multidimensionnel génère, à son tour, des effets qui impactent le bon fonctionnement des économies. En effet, rappelons que la monnaie, au-delà de son pouvoir libératoire, dispose d’une dimension anthropologique donnant, ainsi, lieu à une sociologie de l’activité bancaire qui contribue à la modification du comportement des agents économiques. 5 Banque Mondiale (2013), L'inclusion Sociale : Nécessaire fondation pour une prospérité partagée, pp. 1-2, Washington. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 175 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) Selon G. Gloukoviezoff (2004), l’exclusion bancaire est définie comme étant « le processus par lequel une personne rencontre de telles difficultés d’accès et/ou d’usage dans ses pratiques bancaires, qu’elle ne peut pas ou plus mener une vie sociale normale dans la société qui est la sienne. Une situation d’exclusion bancaire n’est donc définissable que par rapport aux conséquences sociales des difficultés d’accès et d’usage qui la composent ». Il est à rappeler que l’exclusion sociale, de facto, ne peut pas être dissociée de l’exclusion économico-financière et s’inscrit, également, dans une spirale dont les effets s’accumulent et se développent6. L’exclusion économique, conjuguée au facteur d’analphabétisme, peut générer plusieurs formes de perversion dans la société (Cf. voir tableau infra) à l’encontre des règles sociales et des croyances morales en causant, ainsi, des infractions, des délits et des crimes envers les communautés. Tableau 1. Principaux effets pervers de l’exclusion économique Recension des effets pervers (*) Conséquences de l’exclusion économique Exclusion sociale et sociétale Exclusion spatiale Exclusion institutionnelle et politique Exclusion financière et bancaire - Ségrégation raciale ; Stigmatisation sociale ; Stratification et hiérarchisation sociale ; Inégalité de sexes et parité Extrême pauvreté ; Précarité ; Vulnérabilité ; Chômage ; Creusement des inégalités d’accès aux besoins primaires (santé, éducation, …). Sous-emploi rural chronique ; Exode rural ; Immigration clandestine et illégale ; Demande d’asile ; Trafic illicite des migrants. Accroissement de la corruption ; Abstention au vote et à la participation démocratique et citoyenne ; Détournement de fonds ; Appropriation illégale des biens publics. Avènement de l’économie souterraine ; Blanchiment de capitaux ; Financement du terrorisme ; Accroissement du secteur informel. Source : Conception des auteurs. 6 Estivill, J. (2005), Panorama de la lutte contre l'exclusion sociale : Concepts et stratégies, Service Politiques et Développement de la Sécurité sociale, Bureau international du Travail, pp. 14-16, 1ère édition, Genève. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 176 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) (*) Liste non exhaustive des effets. Les effets de l’exclusion économico-financière demeure encore débattus vu la subjectivité des éléments qu’elle peut couvrir. Selon le Bureau International du Travail (BIT), l’analyse philosophique et théorique de l’exclusion économique est appréciée sous trois logiques qui renseignent que ce phénomène est observé à travers un paradigme monopolistique (isolement et enfermement social), un paradigme de solidarité (existence de liens sociaux) ou paradigme de spécialisation (répulsion et discrimination)7. En capitalisant sur cette logique et les développements théoriques de Leyshon et al. (2006), les déterminants de l’exclusion financière regroupent plusieurs dimensions décrivant, ainsi, les obstacles qui empêchent le recours aux services financiers8, il s’agit de : - Exclusion physique ou territoriale : Facteur causé par la distance et le positionnement géographique des prestataires de services financiers ; - Exclusion d'accès : Relève du processus d'évaluation des risques (critères d'éligibilité) ; - Exclusion par les conditionnalités : Lorsque les produits bancaires disposent de certaines conditions qui ne sont pas adaptées et cohérentes avec les considérations de l'usager du service ou du client ; - Exclusion par le prix : Correspond au coût d'accès qui n’est pas généralement abordable pour l'intégralité de la population ; - Exclusion commerciale ou par le marketing : Lorsque les clients ne prennent pas conscience de l'existence de certains produits à cause de la stratégie de ciblage de la clientèle ; - Auto-exclusion : Lorsqu’une catégorie de la population décide volontairement de s'exclure sur la base d’antécédents (rejets vécus ou crainte d'être rejetés). Pour faire face à ces obstacles, des réponses ont été formulées à la problématique de l’exclusion économique notamment par G. Dymsk, et J. Veitch (1996) qui ont proposé de mettre en place 7 Frota, L. (2007), Agir sur les facteurs multidimensionnels de l’exclusion sociale, Intervention dans le cadre du Programme des Stratégies et Techniques contre l’exclusion Sociale et la Pauvreté (STEP), Département de la Sécurité Sociale, Bureau International du Travail, Turin. 8 Leyshon, A., Signoretta, P., Knights, D., Alferoff, C., & Burton, D. (2006), Walking with Moneylenders: The Ecology of the UK Home-collected Credit Industry. Urban Studies, 43(1), 161–186. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 177 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) un système d'urbanisation9 pour réduire les disparités spatiales induites par la sphère financière « exclusion physique », et ce à travers la transformation du foncier agricole ou des terres fertiles non développées à des blocs résidentiels ou manufacturiers et de couvrir les besoins financiers des entreprises afin de stimuler le secteur immobilier. Cette réflexion soutient l'idée que la promotion des canaux de crédits favorise la croissance et le développement des communautés périurbaines. D’un autre côté, D. Fuller et M. Mellor (1995) ont développé une conception opérationnelle pour rétrécir les écarts causés par l’exclusion bancaire, dénommée « Newcastle Financial Inclusion Model ». Cette proposition se base sur la synchronisation et la convergence des activités des agences de crédit avec les fonds de garantie et les entités chargées du financement des firmes10. 3. Evolution historique de la finance inclusive La terminologie associée à la notion d’inclusion économique a largement été galvaudée dans la littérature. Sur le plan étymologique, l'inclusion, dérivée du latin « inclusio », est une notion à géométrie variable. Il est rare que le terme soit utilisé seul sans être complété par un attribut ou un aspect qualifiant la nature de l'inclusion. La lecture du concept renvoie, généralement, à l’accès aux services financiers dont la signification peut conduire à des sens similaires à la bancarisation. Dans ce contexte, nous pouvons distinguer entre trois niveaux conceptuels à utiliser séparément, à savoir la « financiarisation », la « monétarisation » et la « bancarisation ». Cet enrichissement sémantique et littéraire montre la place qu’occupe le marché monétaire et financier, en passant des sociétés traditionnelles à celles modernes, dans les activités économiques et les rapports sociaux. 9 Dymski, G. A., & Veitch, J. M. (1996), Financial Transformation and the Metropolis: Booms, Busts, and Banking in Los Angeles, Environment and Planning A, 28(7), 1233–1260. 10 Fuller, D., & Mellor, M. (2008), Banking for the Poor: Addressing the Needs of Financially Excluded Communities in Newcastle upon Tyne. Urban Studies, 45(7), 1505–1524. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 178 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) Figure 2. Evolution des logiques capitalistiques envers la finance inclusive Capitalisme mercantiliste Prêt sur gages Marchandisation des activités Favoriser l'accès au crédit en contrepartie du dépôt de biens en garantie Capitalisme Microcrédit Monétarisation des rapports sociaux Accorder une valeur échangeable et offrir les capacités financières Post-capitalisme Microfinance Bancarisation massive de la population Inciter et favoriser l’accès aux services financiers Néo-capitalisme social Inclusion financière Financiarisation socialement responsable Inclure les exclus et réduire les inégalités Source : Elaboré par les auteurs. Les dynamiques capitalistiques ont donné lieu à la logique d’accumulation où la production s’inscrit dans une conception rationalisée de réinvestissement des profits ce qui a dénaturé les bases de la solidarité sociétale et les fondements de la cohésion sociale11. L'avènement des crises financières et les défaillances qu’ont connus les systèmes financiers, depuis plusieurs décennies, ont poussé les institutions nationales et internationales à mettre en place des dispositifs adaptés aux exigences conjoncturelles du développement en faveur des citoyens et des porteurs de projets. Historiquement, la facturation des intérêts pour assurer la couverture des frais de gestion des boutiques de « prêt sur gage » était une des pratiques médiévales en Europe (Cf. voir supra), instaurées par le pape Léon X au 14ème siècle12, et ce pour éliminer les opérations usuraires. Toujours en Europe, l’Irlande avait connu au 18ème siècle un autre système basé sur les « fonds de prêt » qui donnait la possibilité de contracter des microprêts, soit des petits montants, par les foyers pauvres exerçant des activités agricoles. Dans la même lignée des initiatives développées, un concept financier fut émergé, au milieu du 19ème 11 G. Pastureau (2013), Le microcrédit social : Un « argent secours » en perspective historique, le cas du prêt sur gages au crédit municipal de Bordeaux depuis 1801, Thèse de doctorat ès Sciences Economiques, Ecole Doctorale Entreprise Economie Société, sous la direction du Pr. B. Blancheton, Université Montesquieu, Bordeaux IV. 12 Helms, B. (2006). La finance pour tous : construire des systèmes financiers inclusifs, Groupe Consultatif d'Assistance aux Pauvres (CGAP), pp. 4-5, Editions Saint-Martin, Montréal. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 179 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) siècle dans les Pays en Voie Développement (PVD) dont ses disciples l’ont hissé à un mouvement coopératif sous la coupole de « coopérative financière » étendu, par la suite, au niveau des zones rurales de l’Amérique Latine. Après la seconde guerre mondiale, l’accès aux « prêts concessionnels » à caractère agricole a été élargi, entre 1950 et 1970, afin de bénéficier des taux d’intérêt moins élevés à ceux pratiqués par les banques classiques. Dans la continuité des efforts d’élargissement du spectre de bénéficiaires des produits bancaires, une nouvelle initiative voit le jour, à partir des années 70, dénommée « microcrédit »13 et qui a été destiné en premier lieu aux plus défavorisés, et ce par l’octroi de prêts consentis servant au lancement des activités de petite taille dites « microentreprises ». Malgré le succès des programmes de microcrédit, entre 1970 et 1980, le système financier a connu une nouvelle ère, dès le début des années 90, en passant à la « microfinance » qui a intégré, outre les aspects traditionnels de crédits, l’épargne, l’assurance et le transfert d’argent. L’une des principales limites des modèles développés au regard de la microfinance réside dans l'hétérogénéité institutionnelle des services et l'opacité ou la complexité des clauses contractuelles du secteur de la microfinance que ne font que plonger les demandeurs dans le surendettement14. Après 30 ans de déploiement opérationnel des initiatives relatives à la microfinance, les résultats en termes d’accessibilité sont à saluer sauf que ce dispositif ne constitue pas une solution pérenne et une véritable panacée au paupérisme. En dépit de ces progrès impressionnants, il a été constaté par le Groupe Consultatif d'Assistance aux Pauvres (CGAP)15 que les populations défavorisées à faible revenu doivent disposer d’une palette de services financiers diversifiés et non pas, uniquement, des crédits. A noter que l’inclusion financière prend de plus en plus d’importance dans les débats politico-économiques en devenant, par conséquent, un sujet crucial et prioritaire dans l’agenda du développement, et ce compte tenu de ses vertus stimulantes de la prospérité16. 13 Les protagonistes des opérations de microcrédit sont la Grameen Bank au Bangladesh, l’organisation ACCION International en Amérique latine et l’Association des Travailleuses Indépendantes en Inde. 14 Labie, M. et Montalieu, T. (2019), Introduction : De la microfinance à l’inclusion financière, Revue Mondes en développement, 185, 7-12. 15 Un consortium composé de 31 organisations publiques et parapubliques qui offrent de l'aide au développement sous la forme d'appui budgétaire ou d'assistance technique. 16 Dissaux, T. (2019), Inclusion financière et liens sociaux : la monnaie entre marchandisation et mise en commun au Kenya. Mondes en développement, vol. 185, no. 1, pp. 83-108. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 180 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) Tableau 2. Frontières sémantiques et périmètre de l’inclusion financière PARADIGMES FINANCIERS Microcrédit Microfinance Inclusion financière CIBLES DEMOGRAPHIQUES INSTRUMENTS BANCAIRES Personne sans actif ou à très faibles revenus Prêts à court terme Populations défavorisées (Femmes et jeunes) Toute la population Services bancaires classiques (Crédit, Épargne, Assurance, Leasing) Gamme de produits et de services financiers numériques (Mobile Banking, Fintech) ACTEURS INSTITUTIONNELS - Secteur privé ; - Acteurs associatifs. - Secteur privé ; - Acteurs associatifs ; - ONG ; - Bailleurs de fonds. - Institutions nationales et internationales ; - Opérateurs publics et privés. Source : Élaboré par les auteurs sur la base des travaux E. Ezzahid (2018)17. Si les microcrédits constituent, à ce jour dans certaines sociétés, un outil essentiel des modèles de développements, la migration de la microfinance vers une approche d’inclusion plus universelle et intégrée est devenue une nécessité fondamentale afin d’élargir les possibilités socioéconomiques, servant à la création d’activités viable et pérenne, vu qu’en 2013 le nombre total d’individus qui se considéraient en état d’exclusion financière avoisinait environ 3 milliards, soit une couverture du secteur de la microfinance de 17% du marché18. Cela est confirmé par les estimations monétaires fournies dans les argumentaires et les plaidoyers des ONG britanniques « Care International UK » et « Plan International UK » qui précisent que l’inclusion financière peut dynamiser l’économie locale et générer annuellement 175 milliards de dollars, si le nombre total des usagers qui choisissent les nouveaux instruments des marchés micro-financiers avoisine environ 2,7 milliards de personnes bancarisées19. 4. Taxonomie des échelles de l’inclusion financière L’inclusion financière couvre des aspects multidimensionnels, les définitions proposées, cihaut, nous ont permis de comprendre dans quelle mesure le marché financier peut devenir un 17 Ezzahid, E. (2018), L'inclusion financière, levier de renforcement des capacités des individus et du développement, in : Finance - Vers un renouvellement des approches et des pratiques, Ouvrage sous la direction de BENALI, M. et EL BOUHADI, A., 1ère édition, Université Sidi Mohammed Ben Abdellah, pp. 59-74. 18 Langevin, M. (2013), La mise en forme de l’inclusion financière périphérique : Réactivité et créativité de la microfinance dans son rapport aux crises, Cahiers de recherche sociologique, (55), 91–115. 19 Langevin, M. (2013), Op. Cit., pp. 91–115. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 181 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) mécanisme de répulsion financière (obstacles), lorsque la méconnaisse du système et la lourdeur des procédures freinent l’accès, ou un mécanisme d’attractivité financière (incitations) qui facilite le recours aux services bancaires. Figure 3. Dimensions de l’inclusion financière Droit Accès Satisfaction Qualité INCLUSION FINANCIÈRE Subjectivité Bienêtre Objectivité Usage Pertinence Impact Source : Conception schématique élaborée par l’auteur. L’atteinte des objectifs d’inclusion financière s’appuie sur la servuction de l’activité bancaire qui se traduit par la production harmonieuse et systématique de services financiers accessibles et utiles tout en répondant aux normes de qualité. Pour disséquer et assimiler les aspects sousjacents de l’écosystème inclusif, nous allons procéder à la présentation des sous-composantes par ordre de complexité. 4.1. Accès aux services financiers : Le droit au compte Avant qu'elle soit intégrée dans les dimensions de l'inclusion, l'analyse de la notion d'accès demeure nuancée avec d'autres termes, notamment le « droit », la « propriété » et la « capacité ». Le périmètre de l'accès concerne, particulièrement, les moyens possibles et disponibles à travers lesquels une personne peut bénéficier d'un bien public, commun et/ou exclusif. De jure, l’accès correspond à la capacité de jouissance d’un privilège marchant ou non REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 182 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) marchand en ayant l’aptitude légale à être titulaire des droits d’usage des services de base et de disposer d’un pouvoir d’accès libre et inconditionnel. Par rapport au secteur bancaire, la dimension d’accessibilité s’applique, en tant que principe institutionnel associé au droit au compte, sur la capacité et l’aptitude d’utiliser des services financiers formalisés selon un cadre normatif régi par la loi bancaire. L’accès aux services financiers renseigne sur plusieurs aspects, notamment la facilité de création ou d’ouverture de comptes bancaires (surplace ou à distance), le coût des services fournis par les agences bancaires et la proximité géographique ou la distance qui sépare les points d’accès disponibles (succursales et distributeurs automatiques de billets) et les zones urbaines et rurales. Pour mesurer l’accès aux services financiers, des indicateurs de base ont été proposés par l’organisation « Alliance pour l'Inclusion Financière » (AFI)20, à savoir21 : - Le nombre de points d’accès par 10.000 adultes22 au niveau national répartis en fonction du ressort territorial (région ; province ; commune) ; - Le pourcentage (%) d’unités administratives disposant d’au moins un point d’accès ; - Le pourcentage (%) de la population totale vivant dans les unités administratives ayant au moins un point d’accès. Ainsi, il est à rappeler que les données d'accès sont collectées à partir des bases des prestataires de services bancaires. 20 Organisation internationale chargée de la conception des stratégies et des politiques d’inclusion financière et de l’élaboration du cadre juridique y afférent. 21 Alliance pour l’inclusion financière (2013), Mesurer l’Inclusion Financière : Ensemble des Indicateurs de Base d’Inclusion Financière, Groupe de Travail sur les Données d’Inclusion Financière de l’AFI (FIDWG), Note directrice Nº4. 22 Personne âgée de 15 ans ou plus. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 183 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) Graphique 1. Niveau de détention de comptes bancaires par les adultes 100% 90% 80% 70% 39% 62% 72% 84% 96% 32% 58% 65% 72% 94% 44% 57% 71% 10% 19% 10% 30% 20% 43% 30% 57% 40% 88% 50% 93% 60% 0% 2011 2014 2017 2021 Economies à revenu élevé Economies à revenu intermédiaire supérieur Economies à revenu moyen Economies à revenu intermédiaire inférieur Economies à faible revenu Source : Base des données du Global Findex. A titre d’illustration, les statistiques du graphique ci-haut montrent la tendance de l’accès aux services financiers au niveau mondial qui révèle qu'environ 76% des adultes en 2021 ont un compte bancaire ouvert auprès d'une institution financière. Le niveau moyen de détention de comptes bancaires connaît une évolution exponentielle en grimpant de 8 points en 2021 passant, ainsi, de 51% en 2011 à 68% en 2017. 4.2. Utilisation des services financiers : De la disponibilité à l’utilité En microfinance, la dimension d’usage reflète la profondeur et l’étendue de la gamme des services bancaire utilisée. L’intérêt de cette dimension est de vérifier la pertinence des dispositifs mis en place. Évidemment, un service disponible ne signifie pas certainement qu’il est exploité par les usagers. Dans ce sens, l’analyse de l’utilisation réelle et régulière des services est importante dans la mesure où elle permet d’élucider la juste valeur du service23 en mettant la lumière sur l’utilité de l’offre bancaire et les attentes de la demande bancaire. Pour des fins d’appréciation, l’AFI a arrêté une batterie d’indicateurs qui mesure l’usage effectif des services qui se déclinent comme suit : 23 Benali, M., El Bouhadi, A. & El Khider, A. (2020). L’inclusion financière des populations pauvres sous l’angle des effets du business model des services financiers des IMF au Maroc. In M. Benali et A. El Bouhadi (Dir), Accès aux services financiers, inclusion et durabilité économique en Afrique (pp. 29-111). Paris: L'Harmattan. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 184 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) - Le pourcentage (%) d’adultes disposant au moins un compte de dépôt ; - Le pourcentage (%) d’adultes disposant au moins un de compte prêt. Lorsque les statistiques sont indisponibles ou couvertes par les services de collecte au niveau des institutions financières nationales, ces indicateurs sont substitués par : - Le nombre de comptes de dépôt régulé pour 10.000 adultes ; - Le nombre de comptes de prêt régulé pour 10.000 adultes. Avec l’abondance des outils et des instruments financiers, il est constaté, d’après les données de la Banque Mondiale, que l’utilisation la plus fréquente d’un compte dans les économies à revenu élevé est menée pour effectuer ou recevoir un paiement, épargner et contracter un emprunt. Graphique 2. Degré d’utilisation des services de dépôt et de prêt Épargne dans une institution financière (% de 15 ans et plus) 2017 2021 12% 9% 36% 23% 13% 8% 2014 10% 8% 8% 9% 4% 27% 21% 16% 12% 2011 0% 20% 14% 50% 44% 32% 23% 15% 8% 10% 30% 24% 18% 12% 5% 20% 55% 30% 22% 40% 56% 40% 55% 22% 16% 10% 8% 50% 5% 50% 52% 22% 16% 11% 60% 58% 60% 35% Prêt contracté auprès d'une institution financière (% de 15 ans et plus) 0% Economies à revenu élevé Economies à revenu intermédiaire supérieur Economies à revenu moyen Economies à revenu intermédiaire inférieur Economies à faible revenu 2011 2014 2017 2021 Economies à revenu élevé Economies à revenu intermédiaire supérieur Economies à revenu moyen Economies à revenu intermédiaire inférieur Economies à faible revenu Source : Base des données du Global Findex. Compte tenu de la taille des économies, le niveau d’utilisation des services financiers parait disparate. Par référence au niveau d’accès qui dépasse les 95% dans les pays à revenu élevé, l’utilisation des services financiers en 2021 s’établie, respectivement, à 58% pour les opérations d’épargne et 56% pour les demandes de prêt confirmant, par conséquent, que 38% de la population de ces pays dispose des comptes inactifs. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 185 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) 4.3. Qualité de la servuction financière : Quelle satisfaction clientèle ? Les systèmes de qualité constituent un maillon important de la compétitivité des firmes afin d’attirer des clients potentiels et de les fidéliser. Partant du principe de « conformité aux exigences », les standards et les normes de l'Organisation Internationale de Normalisation (ISO) considèrent la qualité comme étant l'aptitude à fournir des services conformes et cohérents avec le besoin et les exigences des usagers tout en veillant sur l'accroissement de leur satisfaction et en respectant la réglementation en vigueur24. Dans le monde de la finance, la qualité correspond à la pertinence des services financiers par rapport aux exigences et aux besoins des consommateurs qui sont, entre autres, adossés au mode de vie, telle que la fiabilité, l’intégrité, l’équité et la sécurité. A vrai dire, la qualité ne dispose pas d'une valeur quantifiable puisqu’il s'agit d'un ressenti provenant essentiellement de la satisfaction du client-usager. Malgré la subjectivité du concept, la qualité institutionnelle est généralement rapprochée, relativement, avec la performance des prestations de service, en termes communication, fiabilité, délai de réponse, réactivité, orientation, etc. Pour vérifier l’existence de cette norme dans le secteur financier, des sondages d’opinion et des enquêtes auprès sont indispensables afin d’apprécier le degré d’adaptabilité et de pertinence et services25 et, in fine, leurs impacts sur la satisfaction commerciale. Ces informations qualitatives sont complétées par des indicateurs spécifiques, définis pour chaque pays, portant sur les principales activités d’inclusion. Prenons le cas des pays de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA)26, la qualité est appréciée à travers des indices quantitatifs, dénommés « accessibilité-prix », et qui sont appréhendés en termes de coûts des services bancaires : • Taux d'intérêt nominal des dépôts au niveau des banques ; • Taux d'intérêt réel des dépôts au niveau des banques ; • Taux d'intérêt nominal des crédits au niveau des banques ; • Taux d'intérêt nominal des crédits au niveau des banques. 24 La norme de qualité ISO (9001:2015) s'applique à l'intégralité des activités sectorielles. 25 Benali, M., El Bouhadi, A. & El Khider, A. (2020), Op. Cit., pp. 38-42. 26 Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (2018), Evolution des indicateurs de suivi de l'inclusion financière dans l'UEMOA au titre de l'année 2017, Direction Générale de la Stabilité et de l'Inclusion Financières, Sénégal, pp. 2-5. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 186 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) Dans la même perspective d’évaluation des ratios de coûtenance (Qualité / Prix), les acteurs de régulation monétaire au Maroc font, également, un focus chiffré sur la qualité par le recours aux Indices des Prix des Services Bancaires (IPSB), qui mesurent la tarification des opérations bancaires avec l’identification d’un panier composé de trois services « package »27, « frais de tenue de compte » et la « carte bancaire », l’ensemble rapporté à l’Indice des Prix à la Consommation (IPC). Graphique 3. Niveau de tarification services financiers au Maroc 128,35 130 126,04 125,64 125 126,76 126,33 120 115 110,72 118,72 110 105,74 105 100,65 102,5 107,73 101,6 99,3 104,08 103,9 100 101,8 95,8 95 92,8 100 96,2 97,7 94 90 85 80 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 Indices des Prix des Services Bancaires (IPSB) Indice des Prix à la Consommation (IPC) Source : Bank Al Maghrib. En s’inspirant des pratiques de l’AFI, la BM et l’Organisation de Coopération et de Développement Économique (OCDE), des dispositifs de suivi de la qualité, connu sous l’appellation baromètre de la « Capacité Financière », ont été mis en place et qui sont présentés sous la forme d’un tableau de bord permettant le suivi de l’état de mise en œuvre des modules d’éducation financière. De même, d’autres mécanismes d’analyse ont été développés pour traiter et suivre les réclamations et les doléances qui remontent des usagers sur les établissements de crédits via un mode de reporting régulier. 27 Ce package correspond aux principaux services et produits bancaires commercialisés avec un tarif forfaitaire. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 187 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) 4.4. Bien-être des actes financiers : Entre émancipation et épanouissement Le bien-être est le résultat de la convergence des politiques publiques dont l’effet et l’impact, sur le long-terme, permet d’améliorer ou de changer la vie des citoyens. Ce concept n’est pas forcément quantifiable où l’appréciation relève des sondages et des enquêtes, souvent accompagnée avec des indicateurs sociodémographiques. Toutefois, avant de s’intéresser au bien-être, il est utile de voir dans quelle mesure les services financiers peuvent-ils procurer du bonheur aux usagers. En effet, le bien-être exprime l’impact et l’effet des prestations bancaires sur le mode de consommation ou d’investissement des individus. Les analyses du Global Findex estiment que le bien-être dans le milieu financier est lié plutôt à la « résilience financière », qui se traduit par la capacité de se prémunir face aux évènements financiers imprévisibles, et à l’« anxiété financière », qui peut résulter des chocs psychologiques ou du stress générés par les contraintes et les problèmes financiers. Avec peu de littérature sur ces aspects, nous pouvons lister les indicateurs de bien-être, disposant d’échelles de Likert, comme suit : - Le pourcentage (%) d’adultes ayant la capacité de trouver des fonds d'urgence en 30 jours ; - Le pourcentage (%) d’adultes disposant de problèmes financiers préoccupants (vieillesse, frais médicaux, factures mensuelles, frais de scolarité). A titre d’illustration graphique, les résultats des enquêtes qualitatives menées par la BM se présentent, ainsi : REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 188 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) Graphique 4. Part d’adultes ayant la capacité de trouver des fonds d'urgence en 30 jours 50% 32% 18% 44,4% 42% 14% 28% 26% 29,1% 30% 25% 13% 10% 15,0% 16% 7% 12% 10% 11,6% 20% 27% 46% 30% 54% 40% 0% Pas du tout difficile Pas possible Peu difficile Très difficile Economies à revenu élevé Economies à faible revenu Economies à revenu intermédiaire inférieur Economies à revenu intermédiaire supérieur Economies à revenu moyen Source : la base des données du Global Findex. Dans cette vision comportementale et expérimentale, cette réflexion bicéphale se scinde en deux blocs statistiques qui distinguent entre les indicateurs de résilience « financial resilience », reflétant la capacité à accéder à des ressources financières pour faire face à une crise ou une urgence, et les indicateurs d’inquiétudes « financial worrying ». Graphique 5. Part d’adultes disposant de problèmes financiers préoccupants 50% 40% 14% 9% 19% 27% 6% 15% 12% 18% 14% 13% 36% 40% 32% 38% 23% 18% 16% 20% 10% 15% 20% 31% 30% 0% Vieillesse Frais médicaux et hospitalisation Factures mensuelles Frais de scolarité Economies à revenu élevé Economies à faible revenu Economies à revenu intermédiaire inférieur Economies à revenu intermédiaire supérieur Economies à revenu moyen Source : la base des données du Global Findex. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 189 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) Au-delà des constats soulevés dans les examens du Global Findex, la BM soutient qu'un accroissement de la détention et l'usage des comptes peut affecter positivement la pauvreté et réduite significativement les différentes formes d'inégalités issues de l'accès à l'éducation, la santé et aux opportunités économiques. D'après la BM, les Stratégies Nationales d’Inclusion Financières (SNIF) peuvent stimuler le bien-être individuel en offrant un système financier sécurisé et fiable, et ce en accordant les garanties nécessaires pour renforcer la confiance dans le recours aux services financiers. Conclusion De l’économie sociale à l’économie bancaire, l’inclusion financière occupe une place très importante dans les différents champs d’analyse théorique et empirique. Compte tenu de la transversalité de ses interactions socioéconomiques, les finances inclusives et solidaires, étant le prolongement des politiques micro-financières, s’intéressent aux différentes souches de la population, adultes et personnes âgées, afin de les intégrer dans les systèmes financiers. Constituant un nouveau paradigme économico-financier, ces modèles financiers inclusifs, ayant un caractère gendérisé, visent à promouvoir les activités économiques, soutenir le développement et stimuler, in fine, la croissance économique tout en favorisant l’accès des ménages et des entreprises à un financement adapté et moins coûteux. Le dépouillement des contributions scientifiques et des travaux institutionnels sur la thématique en question nous a permis de tracer les frontières sémantiques entre les différents paradigmes financiers, de repérer les obstacles d’accès au système financier et d’identifier les instruments statistiques permettant d’évaluer les dimensions d’inclusion financière, à savoir l’accès, l’usage, la qualité et le bien-être. Malgré que la conception théorique est peu formalisée autour de la question d’inclusion financière, la littérature reste marquée par plusieurs travaux sur les facteurs d’exclusion bancaire et les approches capitalistiques développées sous les notions de « microcrédit » et « microfinance » ainsi que leurs interférences avec la pauvreté et les inégalités socioéconomiques. En effet, les enseignements tirés de l’expérience de la microfinance a montré que la viabilité et la soutenabilité de ces modèles organisationnels, qui gèrent la chose inclusive, peuvent connaître des dysfonctionnements et des obstacles en absence d’un véritable soutien étatique qui coordonne et pilote la mise en œuvre des SNIF via la gouvernance du REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 190 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) système financier (arsenal juridique), le renforcement du réseau territorial des établissements de crédit (élargissement bancaire) et la sensibilisation des bénéficiaires (éducation financière). A l’issue de l’analyse contextuelle et systémique, nous retenons de la littérature que le changement organisationnel et l’intégration de nouvelles pratiques institutionnelles (Fintech, Mobile Banking, …) facilitent, d’une part, le passage d’un paradigme financier traditionnel à un néo-paradigme plus responsable et durable et, d’autre part, de consolider la performance à travers la recherche d’un équilibre optimal basé sur la conciliation entre la productivité des firmes bancaires et les exigences sociales. REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 191 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) Bibliographie - Alliance pour l’inclusion financière (2013). Mesurer l’Inclusion Financière : Ensemble des Indicateurs de Base d’Inclusion Financière, Groupe de Travail sur les Données d’Inclusion Financière de l’AFI (FIDWG), Note directrice Nº4. - Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (2018). Evolution des indicateurs de suivi de l'inclusion financière dans l'UEMOA au titre de l'année 2017, Direction Générale de la Stabilité et de l'Inclusion Financières, Sénégal, 2-5. - Banque Mondiale (2013). L'inclusion Sociale : Nécessaire fondation pour une prospérité partagée, 1-2, Washington. - Benali, M., El Bouhadi, A. & El Khider, A. (2020). L’inclusion financière des populations pauvres sous l’angle des effets du business model des services financiers des IMF au Maroc. In M. Benali et A. El Bouhadi (Dir), Accès aux services financiers, inclusion et durabilité économique en Afrique (pp. 29-111). Paris: L'Harmattan. - D’Costa, M. (2014). L’inclusion financière, La revue du Réseau international pour une Économie humaine, Editions : Développement & Civilisations, N°419, pp. 1-4. - Dissaux, T. (2019). Inclusion financière et liens sociaux : la monnaie entre marchandisation et mise en commun au Kenya. Mondes en développement, 185(1), 183-108. - Dymski, G. A., & Veitch, J. M. (1996). 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Agir sur les facteurs multidimensionnels de l’exclusion sociale, Intervention dans le cadre du Programme des Stratégies et Techniques contre l’exclusion REMSES http://revues.imist.ma/?journal=REMSES&page=index 192 ISSN : 2489-2068 Vol 9 – Num.1 (2024) Sociale et la Pauvreté (STEP), Département de la Sécurité Sociale, Bureau International du Travail (BIT), Turin. - Fuller, D., & Mellor, M. (2008). Banking for the Poor: Addressing the Needs of Financially Excluded Communities in Newcastle upon Tyne. Urban Studies, 45(7), 1505–1524. - G. Pastureau (2013). Le microcrédit social : Un « argent secours » en perspective historique, le cas du prêt sur gages au crédit municipal de Bordeaux depuis 1801, Thèse de doctorat ès Sciences Economiques, Ecole Doctorale Entreprise Economie Société, sous la direction du Pr. B. Blancheton, Université Montesquieu, Bordeaux IV. - Gabas, J., Pesche, D., Ribier, V. & Campbell, B. (2014). 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