Gargantua O.E. 1 1STI2D (chapitre 21) SUPPORT POUR L’EXPLICATION DE TEXTE N°1 I. Eléments pour une introduction (≈ 2 minutes) 1°) Présentation de l’auteur : Rabelais : 1483/1494 (?) - 1553 (cf. notes sur la bio. de l’auteur) 2°) Présentation de l’oeuvre : Gargantua, roman paru en 1534, 2 ans après Pantagruel. 3°) Situation de l’extrait : Au chapitre XIV, Grandgousier, père de Gargantua, impressionné par l’intelligence précoce manifestée par son fils lors de l’épisode du « torche-cul », décide de confier son éducation à des précepteurs sophistes* : Thubal Holopherne d’abord, puis, à la mort de celui-ci, maître Jobelin Bridé. Insatisfait des résultats de cette longue première éducation, Grandgousier décide finalement de renvoyer le précepteur et de confier son fils au pédagogue Ponocratès. De retour d’un voyage réalisé dans la capitale afin de voir quelle est l’instruction que l’on donne aux jeunes gens à cette époque, Gargantua est impatient de recevoir les premières leçons de son nouveau maître. Mais celui-ci demande, avant tout autre chose, à observer les habitudes de vie de son nouvel élève afin de mesurer l’ampleur des dégâts occasionnés par sa première éducation. * Le titre du chapitre 21 de la première édition de Gargantua indiquait initialement « ses précepteurs Sorbonagres », mot-valise à connotation péjorative créé par Rabelais à partir de « Sorbonne » (faculté parisienne de théologie très puissante du temps de l’auteur) et du mot « onagre » (variété d’âne). Pour contourner la censure, Rabelais l’a remplacé par l’adjectif « sophistes » qui caractérise des enseignements inutiles reposant sur la forme au détriment du sens et du fond. Ceux-ci étaient déjà l’objet des critiques du philosophe Socrate (cf. Prologue de Gargantua) durant l’Antiquité. 4°) Lecture expressive de l’extrait 5°) Mouvements (structure du texte / grandes étapes que l’on rappellera durant l’explication) 1) Les premières directives de Ponocratès : « l’étendue des dégâts » (l.1 à l.4) 2) L’examen des (mauvaises) habitudes matinales de Gargantua (l.5 à l.16) 3) L’influence déplorable des anciens maîtres sophistes sur leur élève (l.17 à la fin de l’extrait) 6°) Formulation du projet de lecture : L’enjeu de cet extrait est clairement exprimé dès le début du passage. il s’agit en effet pour le pédagogue Ponocratès d’observer son nouvel élève « afin de comprendre par quelle méthode ses anciens précepteurs (ont) pu le rendre si sot, niais et ignorant en disposant d’autant de temps. » Aussi nous pourrons nous demander : ☛ Comment Rabelais, tout en suscitant le rire de son lecteur, fait-il ici une critique de l’éducation scolastique reçue par Gargantua ? III. Conclusion (≈ 1 min.) 1°) Bilan / réponse au projet de lecture : Démarche presque médicale de Ponocratès qui n’est pas sans rappeler l’intérêt de l’auteur pour la médecine : examen d’une journée-type de Gargantua afin d’établir un diagnostic. Le mal est plus profond qu’il n’y paraît puisqu’il a également contaminé l’esprit même du jeune géant qui, malgré l’impatience et l’enthousiasme manifestés au début de l’extrait, ne peut s’empêcher de prendre la défense de ses anciens maîtres dans un argumentaire d’une mauvaise foi étourdissante. Ponocratès devra faire appel aux traitement miraculeux d’un médecin au début du chapitre 23 pour débarrasser le géant de toutes ses mauvaises habitudes et entreprendre enfin de l’éduquer selon les préceptes humanistes chers à Rabelais (Ouverture). 1 sur 5 II. Explication linéaire (≈ 8 minutes) 1er Mouvement (l.1 à l.4) Les premières directives de Ponocrates : prendre la mesure des effets néfastes de l’éducation reçue par Gargantua l.1 Cela fait1, il voulut2 à tout prix3 étudier4 selon l’avis éclairé de Ponocrates5. Procédés d’écriture remarquables Analyses & interprétations 1. Comp. circonstanciel de temps (CCT) Signale au lecteur, conformément à l’annonce du titre du chap. (« L’étude de Gargantua (…) ») le début d’un nouvel épisode du récit centré sur l’éducation du géant après ses aventures parisiennes (chap. XVI à XX) 2. 3e pers. du sing. + passé simple 2./3. verbe de volonté + CC manière Marques traditionnelles du récit + expression du désir impatient de G. de recevoir les leçons de Ponocratès (à opposer aux nbx. imparfaits du 2e mvt qui indiquent l’aspect durable et répétitif des mauvaises habitudes de G.) Annonce claire du thème de ce chap. et des suivants : la reprise en main de l’éducation de G. ; opposition déjà forte 5. CC manière + métaphore (« éclairé ») entre « l’avis éclairé » de Ponocratès et « les règles de ses précepteurs sophistes » du titre (évoque la rigidité). 4. Champ lexical de l’éducation l.1 Mais1, pour commencer2, celui-ci lui ordonna3 de se comporter suivant son habitude4 à afin de comprendre5 par quelle méthode ses anciens précepteurs6 avaient pu le rendre l.4 si sot, niais et ignorant7 en disposant d’autant de temps8. Procédés d’écriture remarquables Analyses & interprétations Le désir du géant est contrarié par la volonté du maître, Conj. de coordinat° => opposition exprimée avec autorité, de « diagnostiquer » son élève 2. CC but introduit par la prép. « pour » avant tout autre chose. C’est le maître qui décide de ce qu’il 3. verbe de volonté qui marque l’autorité 1. convient de faire et non l’inverse. CC manière CC but introduit par « afin de » 6. désignation explicite des coupables 4. 5. adverbe intensif « si » + énumération d’adjectifs péjoratifs = hyperbole 7. rappel du chapitre 14 (env. 50 ans = perte de temps et véritable gâchis) 8. Ponocratès est patient et réfléchi : il lui faut d’abord, par l’observation attentive de son élève, mesurer l’étendue des dégâts causés par ses anciens maîtres sophistes. Sont ici dénoncées les conséquences d’une éducation scolastique, à l’opposé des valeurs humanistes. G. , malgré la cinquantaine d’années qu’a duré sa première instruction et les prédispositions qu’il manifestait enfant, semble être devenu stupide par la faute de ses premiers précepteurs ☛ Bilan provisoire (transition) Dès ce premier mouvement, Ponocrates (dont le nom en grec signifie littéralement « dur à la fatigue », c-à-d « le travailleur ») s’affirme comme un précepteur sage et raisonnable : sans en abuser, il sait faire preuve d’autorité et ne cède pas au désir enthousiaste mais impatient de G. de recevoir ses leçons. Tel un médecin, il privilégie d’abord une observation patiente et attentive des habitudes de son élève afin d’identifier les torts de ces prédécesseurs et d’être en mesure de proposer une réponse éducative appropriée. 2 sur 5 II. Explication linéaire (≈ 8 minutes) 2e Mouvement (l.5 à l.16) L’examen des (mauvaises) habitudes matinales de Gargantua Observation générale sur l’écriture du mouvement l.5 Les activités matinales de G. sont ici énumérées depuis son réveil (« entre huit et neuf heures ») jusqu’à son déjeuner. Afin de rendre compte de la succession désordonnée, bien que figée par 16 l’habitude, de cet emploi du temps quotidien, le narrateur utilise des comps. circonstanciels de temps (adverbes : « puis » (l.8 et 13), « ensuite » (l.10) ; gpes. prép. : « pendant ce temps » (l.8)) à l.5 Il employait1 donc sa journée de telle façon qu’il s’éveillait d’ordinaire entre huit et neuf à heures2, qu’il fît jour ou pas. Ainsi l’avaient ordonné3 ses anciens précepteurs, l.7 s’appuyant sur ce que dit David : « C’est vanité de vous lever avant le jour. »4 Procédés d’écriture remarquables 1. Utilisation de l’imparfait 2. CC temps (→ réveil tardif) Analyses & interprétations À partir de ce paragraphe (§) jusqu’à la fin du mvt., l’emploi majoritaire de verbes à l’imparfait, renforcé par de nbx. CC de temps, traduit les habitudes quotidiennes de G. verbe conjugué au plus-que-parfait (antériorité) exprimant l’autorité Critique explicite des « anciens précepteurs », clairement désignés cō responsables de la mauvaise éducation de G. Pseudo-citation (argument d’autorité) La référence aux Psaumes du roi David semble justifier la paresse. Mais cette citation est tronquée et témoigne en fait des libertés prises par les anciens maîtres, selon leurs besoins, dans l’interprétation du texte sacré de la Bible. 3. 4. l.8 Puis il gambadait, sautait et se vautrait1 au milieu du lit2 pendant quelque temps afin de à mieux réjouir ses esprits animaux3. Il s’habillait selon la saison4, mais5 portait 10 volontiers une grande et longue robe de grosse étoffe de laine fourrée de renard6. Procédés d’écriture remarquables 1. Énumération de verbes d’action 2. CC lieu CC but introduit par la locution prépositionnelle « afin de » 3. 4. CC manière 5. Conjonction exprimant l’opposition 6. Groupe nominal très long et chargé Analyses & interprétations L’exercice physique du jeune géant à son réveil se réduit, sans avoir à bouger de son lit, à des actions puériles qui expriment l’insouciance comme l’absence de contraintes. Interprétation délicate, à nuancer : s’agit-il d’insister sur la nature presque primitive de G. dont les premiers réflexes au réveil renverraient à la satisfaction d’instincts animaux, à opposer avec l’ambition humaniste du narrateur ? ou bien d’une théorie médicale tout à fait sérieuse de l’époque ? La manière de s’habiller de G. semble d’abord obéir au bon sens mais une nvlle fois, l’absence de contrainte extérieures encourage le géant à suivre son caprice et à porter chaque jour la même robe de chambre (inappropriée pour certaines saisons) dont les dimensions et le poids doivent être considérables au vu des expansions très nbses qui encadrent le nom « robe » (adj. épithètes + comp. du nom) 3 sur 5 II. Explication linéaire (≈ 8 minutes) 10 Ensuite, il se coiffait avec le peigne d’« Almain »1, c’est-à-dire avec ses quatre doigts et à son pouce2. En effet, ses précepteurs disaient que se peigner, se laver et se nettoyer3 12 autrement, c’était perdre son temps en ce monde.4 Procédés d’écriture remarquables 1. CC manière + jeu de mots 2.. CC moyen Énumération de verbes d’actions liées à l’hygiène corporelle (lexique) 3. 4. Discours indirect (paroles rapportées) Analyses & interprétations L’hygiène du géant est déplorable. Tout juste se coiffe-t-il une fois levé en se passant la main dans les cheveux. Il y a ici du comique de mots, Rabelais jouant sur la proximité phonique entre le nom d’Almain, membre de la Sorbonne, et le mot « main » (c’est ce qu’on appelle un calembour). G. ne pense pas par lui-même (on ne le lui a pas appris) et justifie le fait de ne pas se laver en citant la parole de ses anciens précepteurs (discours indirect) dont la mauvaise foi peut prêter à rire. En effet, ceux-ci justifient l’absence de tout geste lié à l’hygiène corporelle, sujet fondamental pour Rabelais et les humanistes, par le souci de ne pas perdre son temps. Dans les faits, le programme des activités quotidiennes du géant démontre pourtant tout l’inverse. Puis il fientait, pissait, vomissait, rotait, pétait, bâillait, crachait, toussait, hoquetait, 13 éternuait1, enlevait sa morve comme un archidiacre2 et, pour abattre la rosée et le à mauvais air3, son déjeuner se composait de belles tripes frites, de belles viandes 16 grillées, de beaux jambons, de belles grillades de veau et de nombreuses tartines du matin*4. * (tranches de pain trempées dans de la sauce, servies le matin dans les couvents). Procédés d’écriture remarquables Accumulation de verbes associés à la satisfaction de besoins primaires liés au bas corporel + niveau de langue parfois vulgaire 1. 2. 3. Comparaison CC but + métaphore Énumérat° + pluriel + répétit° de l’adj. « beaux » ou « belles » (hyperbole) 4. Analyses & interprétations Le comportement de Gargantua, outre une hygiène désastreuse, révèle les lacunes de sa précédente instruction. Le laisser-aller dont il fait ici preuve, s’il fait sourire, est caractéristique d’une mauvaise éducation. Moquerie à l’encontre de ces membres de l’Église, connus du temps de Rabelais, pour leur manque de propreté. Métaphores énigmatiques à première vue. Il s’agit en fait d’étancher sa soif (« abattre la rosée ») et de masquer la mauvaise haleine (« le mauvais air »). Le déjeuner (premier repas de la journée, celui qui rompt le jeûne de la nuit) est disproportionné et illustre l’exp. proverbiale « un appétit gargantuesque ». Cette démesure n’a rien d’anormal en soi concernant un personnage de géant. Mais elle interpelle en cela qu’elle va à l’encontre de tout principe diététique. ☛ Bilan provisoire (transition) Le programme des matinées de Gargantua révèle que celui-ci n’a finalement d’autre occupation que de chercher à satisfaire son appétit et les besoins les plus élémentaires, et ce, sans le moindre souci de la propreté ou des bonnes manières. Seuls les repas et la boisson semblent rythmer le quotidien du géant. Dans cet emploi du temps, aucune place n’est accordée aux activités intellectuelles ou physiques. Cette première « éducation » apparaît d’ores et déjà comme un échec. 4 sur 5 II. Explication linéaire (≈ 8 minutes) 3e Mouvement (l.17 à l.28) Critique de Ponocratès et réfutation de Gargantua 17 Ponocratès lui expliqua1 qu’il ne devait pas manger si vite au saut du lit2, sans avoir fait 18 d’abord fait un peu d’exercice3. Procédés d’écriture remarquables 1. Verbe de parole 2. Prop. sub. conjonctive complétive 3. Euphémisme Analyses & interprétations La 1ère intervention critique de Ponocratès est rapportée au discours indirect et concerne l’hygiène alimentaire et physique du géant. On retrouve là l’empreinte humaniste. Gargantua répondit1 : «2 Quoi ? N’ai-je pas fait suffisamment d’exercice ? Je me suis 18 vautré six ou sept fois en travers du lit avant de me lever. N’est-ce pas assez ?3 Le à pape Alexandre4 faisait de même sur le conseil de son médecin juif, et il vécut jusqu’à 22 sa mort5, en dépit des envieux : mes premiers maîtres m’y ont accoutumé, disant5 que le déjeuner favorisait une bonne mémoire6, et d’ailleurs ils étaient les premiers à boire. Procédés d’écriture remarquables Analyses & interprétations Froissé par la remarque du pédagogue, G. réagit vivement. Le narrateur nous donne à entendre ses paroles grâce à l’usage du discours direct. À 1ère vue, son propos semble 2.. Discours direct (2 points, guillemets) structuré et éloquent mais il n’en est rien. Son plaidoyer, 3.. Trois interrogations successives (dt. 2 plein de mauvaise foi, suscite le rire plus qu’il ne convainc. interro-négatives = quest°s rhétoriques) En cherchant à défendre ses anciens « maîtres », G., malgré lui, offre un témoignage sans appel de leur absolue nullité. 1. Verbe de parole Le mal est grand : Gargantua pense « de travers ». La réf. au pape Alexandre est un bien mauvais exemple, le pape 5. Tautologie (ou lapalissade) Borgia étant de tous les papes le moins exemplaire. L’évidence finale de son raisonnement achève de ridiculiser G. 5. Verbe de parole Mais ce n’est pourtant pas lui que condamne Rabelais mais 5. Discours indirect (p.s.conj.complétive) bien ses « premiers maîtres » et leurs leçons inutiles. 4. Argument d’autorité Je m’en trouve fort bien et n’en dîne que mieux. Et1 maître Thubal (qui fut premier 22 diplômé de sa licence à Paris)2 me disait3 que tout l’avantage n’est pas de courir bien à vite mais de partir de bonne heure4. Aussi1 n’est-ce pas favorable à la santé de tout 26 humain de boire des tas, des tas, des tas, comme des canes, mais1 effectivement de boire matin, d’où1 le proverbe : « Lever matin n’est point bonheur ; / Boire matin est le meilleur. » Procédés d’écriture remarquables Analyses & interprétations Ponocratès a la réponse à son questionnement initial (l.3,4) : à l’exemple de ses anciens maîtres sophistes, G. ne jure que par les plaisirs du ventre. La réf. explicite à maître Thubal 2. Prop.sub. relative (entre parenthèses) Holopherne et à son parcours universitaire (surtout pas un titre de gloire aux yeux de Rabelais) permet d’identifier les 3. Verbe de parole « premiers maîtres » et leurs méthodes scolastiques comme 4.. Discours indirect (p.s.conj.complétive) seuls responsables du naufrage intellectuel du géant. Connecteurs logiques (apparences d’un discours argumenté construit) 1.. 5 sur 5
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