CIMETIÈRE MISÉRICORDE L'ARCHITECTURE FUNÉRAIRE : L'INFLUENCE DE L’ANTIQUITÉ Allée principale du Cimetière Miséricorde Vue du Cimetière Miséricorde depuis la Tour de Bretagne Cimetière Miséricorde, entrée rue du Bourget L'architecture antique à travers les siècles Nombreux sont les hommes qui, à travers l'histoire, ont rendu de somptueux hommages à leurs défunts. Ouvert en 1793, le Cimetière Miséricorde est l'un des quinze lieux de sépulture à Nantes, en France. Il se situe dans le quartier Hauts-Pavés – Saint-Félix, à l'ouest de l'Erdre et à l'est du Parc de Procé. Le long de plus de 450 mètres, ce sont près de 16 000 tombeaux qui sont répartis sur les 9 hectares que couvre le site. De célèbres noms nantais sont inscrits sur les stèles : on peut retrouver des personnalités comme Jean-Baptiste Ceineray (1722-1811), l'architecte de la Place Royale, mais aussi des maires de la ville comme Gabriel Guist'hau ou encore des enseignants comme Eugène Livet. Cependant, beaucoup d'autres personnes moins célèbres y sont enterrées, dont Henri Guilbaud et son épouse, ou la famille Orly. Le cimetière abrite également des sépultures militaires : notamment, 200 soldats français de la Première Guerre Mondiale reposent en ces lieux. Une soixantaine de mausolées imposants bordent l'allée principale du cimetière. Ces derniers abritent les défunts de grandes familles nantaises : celle d'Alfred Riom, de Camille Berruyer… Ils sont pour la plupart néogothiques, un style architectural né au milieu du XVIII ème siècle qui vise à faire revivre des formes médiévales. Toutefois, si l'on sillonne dans les allées secondaires du cimetière Miséricorde, on remarque un nombre considérable de tombeaux d'inspiration antique. En effet, à travers les siècles, l'Antiquité a fasciné beaucoup d'hommes. C'est une période historique succédant la Préhistoire et précédant le Moyen-Âge. L'adoption de l'écriture marque le début de la période antique : la date n'est donc pas la même pour tous les peuples. En Europe, les historiens estiment qu'elle commence avec l'invention d'un système d'écriture en Mésopotamie au IV ème millénaire avant J.-C., et se termine en 476 avec la déposition du dernier empereur romain d'Occident. Cette ère est grandement marquée par l'architecture, qui a conséquemment influencé l'histoire de l'art occidental. En effet, que ce soit en Grèce, à Rome ou encore en Égypte, de nombreuses fouilles ont permis de révéler les vestiges de temples, de théâtres ou d'édifices funéraires antiques. Afin de déterminer l'ornementation et les proportions des colonnes et des autres parties de l'élévation, les architectes utilisaient différents ordres. Ainsi, au I er siècle avant J.-C., dans son traité De Architectura, l'architecte romain Vitruve cite les trois ordres inventés par les Grecs : dorique, ionique et corinthien. Les Romains, s'inspirant largement du monde grec, ont plus tard inventé deux nouveaux ordres que l'on nommera toscan et composite. Délaissée au Moyen-Âge, cette architecture fera sa réapparition au début de l'époque moderne. On nomme cette période Renaissance en raison du regain d'intérêt pour la culture et les sciences antiques. En effet, les écrits des savants de l'Antiquité n'ont été redécouverts qu'à partir du XIVème siècle. Ainsi, dès le XVème siècle sont construits des édifices reprenant les grands principes établis par Vitruve. On peut par exemple citer le Tempietto de San Pietro in Montorio, qui, construit par Bramante, est composé de colonnes toscanes et d'un entablement dorique. Mais la diffusion de l'architecture antique ne s'arrête pas là et perdure à travers les siècles. Au XIX ème siècle, on parle même du style néo-Renaissance. Il s'inspire de styles plus anciens, comme le néo-gothique et le néo-classique, tout en usant d'une surabondance décorative. L'hôtel de ville de Paris, partiellement reconstruit entre 1837 et 1848, illustre l'alliance entre une inspiration antique et des influences locales, caractéristiques du style néo-Renaissance. Aujourd'hui encore, le souvenir des édifices antiques persiste dans notre environnement, notamment à travers les tombeaux. C'est pourquoi se pose la question des inspirations : en quoi l'art de l'Antiquité a-t-il influencé l'architecture funéraire des XIX ème et XXème siècles ? Afin de répondre à cette question, nous étudierons successivement deux sépultures du cimetière Miséricorde : d'abord celle de Henri Guilbaud et de son épouse, puis celle de la famille Orly. Nous observerons le contexte historique dans lequel elles s'inscrivent, les décrirons puis analyserons le but recherché par les commanditaires. Enfin, nous réaliserons une conclusion générale et approfondissant notre réflexion. Tempietto di San Pietro in Montorio, Hôtel de ville de Paris, architecture de la Renaissance architecture néo-Renaissance Sépulture de la famille de Henri Guilbaud Henri Guilbaud est inhumé dans cette tombe se trouvant dans le carré A, avec son épouse Philomène Ripoche. Concernant cette dernière, dans les archives de Nantes, il est inscrit la mention suivante : « exhumée le 27 décembre et ré-inhumée le 17 avril 1924 dans le caveau cijoint ». Il apparaît donc logique que le tombeau ait été fait construire par son mari à la suite de son décès. Henri Guilbaud n'est quant à lui pas répertorié dans les archives nantaises des inhumations de 1951. Aucune information n'est disponible à propos du métier qu'exerçaient les défunts. Le tombeau date donc de 1924. C'est la période d'entredeux-guerres que l'on appelle les « années folles ». Elle est synonyme de très forte croissance économique, notamment en France où le PIB était le plus élevé d'Europe. Le lien avec l'Antiquité ne semble donc pas évident : pourquoi le commanditaire a-t-il fait le choix d'un tel édifice ? Tombe de la famille de Henri Guilbaud Tout d'abord, nous allons procéder à la description du tombeau. Il s'agit d'un caveau familial à deux cases évoquant l'entrée d'un temple greco-romain. Il est majoritairement fait de granit. Toutefois, certaines parties, notamment les moulures, sont en bronze. Ce caveau est surélevé : en effet, il est monté sur un podium en granit gris de Stanstead. Sur celui-ci sont posées deux pierres de forme carrée en granit plus foncé où trônent des sculptures évoquant des chandeliers. À l'intérieur de ceux-ci, on trouve de petites barres en bronze cassées : elles devaient autrefois représenter des bougies. On peut noter deux différences majeures entre la composition de droite et celle de gauche : premièrement, à gauche, un socle carré sépare le chandelier de la pierre. Deuxièmement, sur cette dernière est inscrit « granits ouest-Nantes » (image 1). Il s'agit probablement de l'atelier ayant travaillé à la réalisation de ce monument. Entre les deux pierres carrées, deux vases piriformes rigoureusement identiques sont posés (image 2). Ils sont scellés et symbolisent des urnes funéraires. Le vase de gauche a été renversé. Image 1 Image 2 Image 3 À partir de là, on a une deuxième surélévation avec une grande marche au centre et deux piédestaux aussi larges que les pierres précédentes mais plus hauts de chaque côté, légèrement en pente. Ils possèdent 4 cannelures ainsi qu'une moulure en forme de demi-cercle (image 3). Plus haut, sur la marche centrale, on a déposé un pot destiné à accueillir des fleurs. Il est rectangulaire avec des angles arrondis, et ses anses courbées évoquent des arabesques. Le monument possède deux colonnes « corinthisantes » sur les côtés. Elles se rapprochent du troisième ordre architectural grec : l'ordre corinthien. Inventé au IVème siècle av. J.-C., il est reconnaissable par une grande richesse d'éléments et un chapiteau très décoré, avec une forme évasée et des ornements végétaux. Il a par exemple été utilisé pour l'Olympiéion à Athènes. Ici, les colonnes sont mises en avant par rapport aux cases accueillant les défunts. Composée par des tores et une scotie, la base est en bronze, de forme circulaire, et est posée sur le deuxième niveau d'élévation. Le fût est en granit, monolithe, mais on peut néanmoins le diviser en deux parties : d'abord, le premier tiers est lisse. Ensuite, les deux tiers supérieurs possèdent 12 cannelures. Le chapiteau, comme la base, est en bronze. Le décor est sculpté entre l'astragale circulaire et l'abaque carré, qui accueille la retombée de l'élément supérieur. On a une première couronne de 4 feuilles d'acanthe, divisées en 3 sections trilobées. Au-dessus se trouvent 4 volutes végétalisées qui viennent soutenir l'abaque. Les détails sont extrêmement précis, comme les feuilles pointues sous les volutes (image 4). Colonne Image 4 Image 5 Image 6 Derrière les colonnes se trouvent les deux cases accueillant les défunts. Elles sont carrées et séparées par une petite bordure saillante. La plus basse est celle de Henri Guilbaud. On y trouve un cartouche en bronze ornementé d'un cuir enroulé en volutes (image 5). Sur trois lignes, il y est écrit « Henri Guilbaud, 1er juin 1898, 5 février 1951 ». Son épouse repose dans la case du haut. Le même cartouche y est accroché, mais celui-ci est orné de deux roses de la même matière (image 6). On peut y lire « Philomène Ripoche, épouse Henri Guilbaud, décédée le 26 décembre 1923 dans sa 43ème année ». Au dessus de cette deuxième case, il y a une autre bordure saillante soulignant une couronne de laurier fermée de rubans en bronze. On arrive enfin sur le fronton (image 7). Au niveau de la base, il suit la forme d'un arc en anse de panier et il y est écrit « Famille Henri Guilbaud ». Cette épigraphie est entourée par 3 boutons ornementaux circulaires octopartites en bronze : un au dessus de chaque colonne et un au centre. Le fronton est surmonté de cimaises pointues formant le toit de l'édifice. Une croix tréflée surplombe le tombeau. Sur le côté de l'entablement, on a des creux pouvant évoquer les frises au dessus de l'architrave des temples antiques (image 8). Image 7 Image 8 Ce monument funéraire s'inspire donc fortement des temples gréco-romains. Il date pourtant des années 1920 : à cette période, en France, la mode n'était pas à l'antique. Le mouvement Art déco connaissait en effet un fort engouement. Ce courant artistique consistait en une simplification des formes et alliait ordre, couleur et géométrie. On utilisait principalement du béton pour recouvrir des surfaces de façon lisse et uniforme. Ce n'est pas le cas ici. On a affaire à de nombreuses références antiques. Par exemple, l'usage de la couronne de laurier comme symbole de la gloire semble remonter à l'époque hellénistique, entre 323 et 30 av. J.C. Un mythe grec raconte que la nymphe Daphné se serait métamorphosée en laurier alors qu'elle fuyait Apollon. Le dieu, fou de chagrin, aurait consacré cet arbre aux triomphes, aux chants ainsi qu'aux poèmes. Chez les Romains, cette couronne était utilisée comme distinction honorifique pour un général. Les colonnes ici dressées et plus particulièrement leur chapiteau « corinthisant » sont un autre élément majeur renvoyant à l'Antiquité. Bien qu'employé en Grèce, l'ordre corinthien est le préféré des architectes romains. En théorie, le fût devrait comporter 20 à 32 cannelures et le chapiteau devrait être orné par 2 rangées de 8 feuilles d'acanthe ainsi que par 4 tiges. Ce n'est pas le cas pour le tombeau de Henri Guilbaud et de son épouse : le commanditaire s'est donc inspiré du troisième ordre architectural tout en l'adaptant à son goût. Tout nous porte donc à penser que cet édifice funéraire tend à imiter un temple romain : en premier lieu de par ses colonnes corinthisantes, et en second lieu de par le podium sur lequel repose le monument. Les Romains étaient en effet plus friands de ce niveau de surélévation que les Grecs. On peut comparer le tombeau de Henri Guilbaud et de son épouse avec le temple romain d'Évora situé au Portugal. Témoin de la présence romaine dans ce pays au II ème siècle, il se tient lui aussi sur un podium et les fûts des colonnes sont en granit. Les colonnes arborent également des chapiteaux corinthiens. Temple romain d'Evora Sépulture de la famille Orly Nous allons dorénavant procéder à l'analyse du deuxième tombeau : il s'agit de celui de la famille Orly. Situé non loin de l'entrée de la rue du Bourget, il prend place entre les espaces 1 et G. Il abrite les corps de 13 personnes, dont celui du premier défunt Antoine Orly, décédé en 1892. Le caveau date cependant de 1962. Il a en effet été construit à la suite de la mort de Anne-Marie Orly. Il est essentiellement composé de granite. Sur l'une des plaques, on peut lire que certaines des personnes inhumées étaient médecin ou encore professeur. Toutefois, des recherches menées à partir d'arbres généalogiques nous ont permis de révéler l'activité principale de cette famille : négociant en vin. Nantes est effectivement connue pour son muscadet, dont la production a été fortement valorisée au XXème siècle. On trouve notamment des vignes près de Clisson ou plus à l'est vers Ancenis. Les années 1960 sont dans la période dite des « 30 Glorieuses ». La France et plus généralement l'Europe étaient fortement influencées par le rayonnement culturel des États-Unis, grands vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale. Nantes était en pleine expansion et tirait ses bénéfices des secteurs aéronautiques mais aussi agroalimentaires : d'où l'enrichissement de la famille Orly au XXème siècle grâce au commerce du vin. Rien qu'au premier coup d’œil, il est facile de discerner de nombreux éléments antiques sur ce tombeau. Quelles sont les références à l'Antiquité et pourquoi en user dans les années 1960 ? Tombe de la famille Orly On a tout d'abord affaire à deux marches en granite, la première étant la moins haute. Autour d'elles prennent place deux pierres parallélépipédiques. Elles sont très simples et ne présentent ni base ni corniche. Leur fonction est plutôt architecturale car elles permettent de surélever les colonnes et de donner une impression de hauteur à l'édifice, le rendant ainsi plus imposant. Au dessus de ces éléments se trouvent les cases accueillant les défunts. Elles sont au nombre de six. La première, en bas à gauche, est la moins lisible. On y distingue tout de même les noms de A. Boiffin, Antoine Orly, Joséphine Orly et Emmanuel Jannet, ainsi que leurs dates de naissance et de mort respectives. À sa droite, on peut voir une case vierge à laquelle est accrochée une plaque en métal portant le nom de Hervé Jannet. Les deux cases du milieu présentent des typographies différentes. À gauche, le nom de Bertrand Jannet (image 9) est gravé dans la pierre en noir tandis qu'à droite, « Louis Jannet » est de la même couleur que la pierre mais est en relief. Le même procédé est utilisé pour les deux cases du haut dans lesquelles reposent Albert Orly et Anne-Marie Orly (image 10). Il y a ensuite quatre plaques métalliques (image 11) : une à gauche, deux en haut et une à droite. Entre les deux cases supérieures, on peut également noter la présence d'une fine croix en cuivre sur laquelle est crucifié un Christ aux formes très simplifiées, épurées (image 12). Image 9 : gravure Image 10 : lettres en relief Image 11 : plaque métallique Image 12 À l'instar de l'entrée d'un temple gréco-romain, le tombeau est orné de deux colonnes en granite. La base n'est pas marquée ; on a en effet l'impression que la colonne est posée brute, telle quelle sur la pierre parallélépipédique. Le fût est divisé en deux parties : le premier tiers est lisse, puis les deux autres tiers comportent 24 cannelures. On trouve également 3 annelets à l'intersection du fût et de la courbe d'évasement du chapiteau. L'abaque, très saillant, est de forme carrée. Nombre d'éléments nous amènent à penser que ces colonnes s'inspirent fortement de l'ordre dorique : outre le fût cannelé, on a également un chapiteau à échine plate, sans décor, caractéristique de l'ordre en question. L'absence de base sous-entend que l'on a plutôt affaire à l'ordre dorique grec et non romain. Vitruve attribue son invention à Dorus, durant la seconde moitié du VIIème siècle avant J.-C. Colonne abaque saillant échine plate annelet Les abaques soutiennent l'entablement, d'abord formé par l'architrave. Elle n'accueille aucun décor et est plate. Quatre mutules, des modillons propres à l'ordre dorique, viennent soutenir la corniche sous la frise, sur laquelle est logiquement écrit « Famille Orly » dans la même typographie que « Anne Marie Orly », la tombe datant de son décès. De chaque côté, on trouve des éléments légèrement saillants qui s'apparentent à des triglyphes (image 13). Au dessus, sept mutules supportent la corniche du fronton triangulaire (image 14). On a un larmier lisse. Cinq autres mutules épousent la forme du tympan à l'intérieur de celui-ci. De chaque côté, deux acrotères décorés d'une moulure circulaire pointent vers le ciel. Enfin, deux autres moulures identiques ornent la croix latine qui surplombe l'édifice. Image 13 : triglyphe Image 14 : fronton Sur le côté de l'édifice, la frise dorique continue seulement dans l'espace allant de la colonne aux cases. Elle compte alors, pour un côté, deux triglyphes au dessus et au dessous desquels se trouvent des mutules (image 15). Image 15 : frise sur le côté Pour terminer, des décorations en porcelaine ont été ajoutées sur les murs. À gauche, il s'agit d'une croix verte fleurie de roses rouges et d'iris violets (image 16). À droite, il y a une couronne de laurier nouée par deux gros rubans mauves (image 17). Image 16 : croix Image 17 : couronne Ainsi, on constate de nombreux éléments antiquisants sur le tombeau de la famille Orly. Pourtant, dans les années 1960, la France voit se développer le brutalisme, un style architectural issu du mouvement moderne. La cité radieuse du Corbusier à Rezé est une parfaite illustration de ce style. Celui-ci est reconnaissable grâce à de gros blocs de béton, des répétitions d'éléments comme les fenêtres mais aussi par l'absence d'ornements. Cité Radieuse du Corbusier à Rezé L'édifice de la famille Orly ne manque quant à lui pas de décorations. Comme évoqué précédemment, la tombe s'inspire fortement de l'ordre dorique. Toutefois, des différences sont notables. Premièrement, le fût, bien que monolithe, n'est pas uniforme sur toute la longueur. Il est d'abord lisse puis cannelé. Or, pendant l'Antiquité, les architectes construisaient des colonnes régulières sur toute la longueur. Deuxièmement, les triglyphes présents sur la frise de l'entablement sont caractéristiques de l'ordre dorique. Cependant, elle est ici adaptée au tombeau : aussi est-elle discontinue, permettant ainsi de mettre en évidence le nom de la famille. En outre, on retrouve une couronne de laurier en porcelaine. Comme évoqué plus haut, elle est le symbole de la gloire de la famille. Cette tombe s'inspire donc largement de l'Antiquité. L'ordre dorique, tel qu'il est utilisé, s'apparente davantage à l'art grec que romain. Ces derniers ajoutaient en effet des bases à leurs colonnes ; cet élément n'est pas présent pour le tombeau des Orly. L'exemple le plus symbolique de l'usage de l'ordre dorique est certainement le Parthénon. Construit au Vème avant J.-C., il domine Athènes depuis l'acropole. Néanmoins, contrairement à la tombe étudiée, ses métopes sont sculptées. Ainsi, le temple d'Héra a Paestum se rapproche plus de la sépulture en question. Construit dans la seconde moitié du VI ème siècle avant J.-C., ses métopes sont lisses. Il est certes romain mais a été construit pour insister sur le prestige de l'architecture grecque. Parthénon, métopes sculptées Temple d'Héra à Paestum, métopes nues Conclusion – L'intérêt du remploi de l'antique dans un monument d'époque moderne Nous avons donc pu étudier les sépultures de deux familles : les Guilbaud et les Orly. Elles sont certes différentes mais possèdent toutes deux un point commun majeur : l'emploi d'éléments antiques dans des édifices funéraires d'époque moderne. Nous avons vu que les commanditaires avaient fait ce choix malgré des tendances architecturales et artistiques radicalement différentes. Quelles en sont les raisons ? Elles peuvent varier d'un édifice à l'autre. Premièrement, utiliser des éléments antiques peut flatter la famille en exposant la richesse et le prestige de celle-ci. Rappelons qu'à la Renaissance, l'antiquité était synonyme de savoir et de clairvoyance. Après la redécouverte des textes antiques, des auteurs allaient même jusqu'à écrire en latin pour prouver leur intelligence. De la même manière, les commanditaires des sépultures étudiées ont souhaité honorer leur famille en leur octroyant une sépulture impériale. Deuxièmement, les commanditaires peuvent s'identifier à des mythes antiques. Si l'on prend l'exemple de la tombe de la famille Guilbaud, on remarque la représentation de feuilles d'acanthe. Selon une légende, elles signifient que les épreuves de la vie et de la mort ont été surmontées. Le sculpteur Callimaque se serait en effet inspiré d'un bouquet de feuilles d'acanthe se trouvant sur le tombeau d'une jeune fille pour décorer un chapiteau. Ainsi, on peut supposer que Henri Guilbaud a voulu honorer son épouse, décédée relativement jeune. Quant à la famille Orly, on peut trouver d'autres mythes auxquels se référencer. On sait que leur activité principale était le commerce du vin : or, ce breuvage était très important à l'époque. Il est associé à Dionysos, lui même lié aux questions de la vie après la mort. Cela a fait de la vigne un symbole funéraire. Néanmoins, notons que les commanditaires ne se sont pas contentés de simplement copier les temples et édifices funéraires antiques. Des changements ont été apportés : arrangements de frises, modifications des colonnes… Mais le plus important reste le symbole du Christianisme ; la croix, perchée au sommet du fronton, surplombe le monument. Les croyances des hommes ont évolué mais ils restent attachés aux histoires d'antan. Annexe Tombe de la famille Orly Tombe de la famille Guilbaud Bibliographie - CHEVALIER Jean, Dictionnaire des symboles : mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, Jupiter, Paris, 1982 - THOMAS Evelyne, Vocabulaire illustré de l'ornement : par le décor de l'architecte et des autres arts, Eyrolles, Paris, 2016 - HELLMANN Marie-Christinne, L'architecture grecque, Le livre de poche, Paris, 1998 - LHOMEAU Eric, Le cimetière Miséricorde, Le Veilleur de Nuit, Nantes, 2009 - OESTERREICHER-MOLLWO Marianne, Petit dictionnaire des symboles, Brepols, Bruxelles, 1992 - PEROUSE DE MONTCLOS Jean-Marie, Architecture : méthode et vocabulaire, Editions du patrimoine, Paris, 2000 - VALLAUD Dominique, Dictionnaire historique, Fayard, Paris, 1995 Sitographie - www.routard.com : Temple de Diane, guide et photos - www.larousse.fr : Parthénon - www.encyclopedie.bseditions.fr : L'art de la Grèce Classique - www.maisonradieuse.org : La Maison Radieuse Le Corbusier, architecture XXème - www.cosmovisions.com : L'Architecture de la Renaissance - www.irismonument.be : Néo-Renaissance - www.archives.nantes.fr : Registres des inhumations
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